Qu’est-ce qu’un évangile ? 
Comment doit-on le lire et le comprendre ? 
Doit-on le considérer comme un document d’histoire ? 
Qui en est l’auteur et quel âge a-t-il ?
A-t-il été composé en grec, en araméen ou en hébreu ? 
Quelle fonction avait-il dans la première Église ?


Ces questions ont été discutées par un grand nombre de spécialistes. Elles ont suscité des débats enflammés. On ne saurait plus compter les publications qui traitent de ces questions et se proposent d’y répondre. En réalité, elles sont loin d’être résolues. Il demeure qu’en dépit de tous les efforts et de toutes les recherches, on sait peu de choses sur l’origine des évangiles.

Le théologien allemand Rudolf Bultmann a profondément marqué l’exégèse des évangiles. Il croyait que ces livrets étaient les créations des communautés chrétiennes de culture grecque, bien distancées de la synagogue et de l’environnement juif dans lequel Jésus avait vécu. Le « Jésus des évangiles » devait par conséquent refléter les croyances et les préoccupations de ces chrétiens grecs, plutôt que la figure historique de Jésus. D’après lui, ces chrétiens n’avaient pas beaucoup d’intérêt pour la figure historique de Jésus. Ce qui les intéressait, c’était celle du Sauveur en qui ils avaient cru, le Christ ressuscité.

Jésus le juif parmi les juifs

Par bonheur, nombre d’études ont été publiées récemment, qui mettent en valeur la judéité de Jésus et des évangiles. L’image traditionnelle nous avait habitué à distinguer entre Jésus et ses contemporains une sorte d’antagonisme. D’un côté, un judaïsme rigide et déicide ; de l’autre, Jésus, héros d’une religion du cœur (D. Marguerat). L’histoire des juifs et des chrétiens a été nourrie de préjugés semblables. Avant la destruction du temple de Jérusalem, en l’an 70 après J.-C., la communauté chrétienne était composé à grande majorité de juifs. Certains d’entre eux, qu'on appelle « Hellénistes », ont implanté des communautés chrétiennes dans le monde romain, et ils les ont édifiées en leur transmettant leur foi et leurs traditions. Mais après la tragédie de l’an 70, le fossé n’a cessé de se creuser entre juifs et chrétiens, à un point tel que la communauté chrétienne elle-même s’est divisée en deux fraternités : les chrétiens d’origine juive et les chrétiens d’origine grecque. De part et d’autre, juifs et chrétiens ont porté la plus grande attention à ce qui devait les distinguer et les séparer. Les juifs orthodoxes ont expulsé de leurs synagogues les judéochrétiens et tous ceux qui s’opposaient à la doctrine pharisienne. La chrétienté grecque n’a pas agi autrement : imbue d’un paulinisme mal compris, elle a stigmatisé le juif en « ennemi de la croix et de tous les hommes » et le judéochrétien en « hérétique ». 

Ces positions sont toutes deux insoutenables. Car Jésus fut juif à 100 %. Ses premiers disciples étaient tous juifs. La seule religion que Jésus et ses disciples aient jamais pratiquée, c’est la religion d’Israël, avec sa Torah, ses prières et ses fêtes. Tous les événements relatés dans les évangiles se passent en Palestine. Les acteurs en sont les pharisiens, les sadducéens, les docteurs de la Loi, les prêtres juifs, Hanân et Caïapha. Tout cela est une affaire juive.

Mais les évangiles n’ont-ils pas été rédigés en grec ? 

En effet, les plus vieux manuscrits du Nouveau Testament sont tous grecs. Mais quelques érudits ont proposé que nos évangiles grecs seraient, en réalité, les traductions des évangiles originaux rédigés, eux, en araméen sinon en hébreu. En France, les principaux défenseurs de cette thèse ont été ClaudeTresmontant (Le Christ hébreu : la langue et l’âge des Évangiles, 1983) et Jean Carmignac (La naissance des Évangiles synoptiques, 1983). Cette thèse a été sévèrement critiquée par Pierre Grelot (Évangiles et tradition apostolique ; réflexion sur un certain « Christ hébreu »,1984 ; L’origine des Évangiles, 1986).

Il demeure qu’on a jamais trouvé un seul fragment d’évangile rédigé en araméen ou en hébreu. Pourtant, un témoins très ancien comme Papias (début du IIe siècle),  assure que Matthieu a écrit le premier son évangile en « langue hébraïque ». Jérôme atteste l’existence, au IVe siècle, d’un Matthieu hébreu, utilisé par les nazôréens.

Marc est aujourd’hui le plus étudié des évangiles 

De l’avis de la majorité des érudits, c’est Marc qui a écrit le premier, entre les années 65 et 70 de l’ère chrétienne, soit 35 à 40 ans après la crucifixion de Jésus. C’est la tradition de l’Église qui nous donne quelques précisions sur cet évangile et les circonstances de sa rédaction. L’Évangile de Marc serait : 1) un relevé fidèle de l’enseignement de Pierre (cf. Marc appelé « fils » de Pierre dans 1P 5.13) ; 2) un monument de l’enseignement d’abord transmis oralement ; 3) un manuscrit réalisé à la demande expresse des chrétiens de Rome ; 4) écrit du vivant de Pierre, ou peu après son départ (son exode).

Que faut-il entendre par tradition orale ?

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Mosaïque de pavement de la synagogue de Zippori
La seule religion que Jésus et ses disciples aient jamais pratiquée, c’est la religion d’Israël, avec sa Torah, ses prières et ses fêtes.