Parasha Bé-houqotaï
Les termes de l’Alliance

La section Bé-houqotaï (Mes règles) traite principalement des récompenses et des châtiments liés à l’Alliance. Après avoir transmis ses lois aux enfants d’Israël, le Seigneur tient à les avertir d’un système de récompenses et de châtiments, afin de les inciter à la mise en pratique des ordonnances et les éloigner de toute désobéissance (R. David Sabbah).

S’ils optent pour la fidélité, ils jouiront de l’abondance, la sécurité, la paix, la fécondité et la liberté (Lv 26. 3-13). Mais s’ils optent pour l’infidélité, faisant fi des commandements du Seigneur, ils connaîtront la faim, la menace, la guerre, la dissémination et l’esclavage (ibid. 26. 14-39). En proposant un tel système de rétribution, la Torah assure la liberté et la responsabilité morale de l’homme. Le Midrach Lévitique Rabba 35.1, citant Lv 26.3, Si vous suivez mes prescriptions ..., rapporte : cela correspond à ce qui est écrit dans Ps 119.59 : « Je réfléchis à ma voie et je ramène mes pas vers tes préceptes. » Rav Houna dit au nom de Rab Aha : « J’ai médité sur la récompense accompagnant les mitsvot, prescriptions, et sur la perte consécutive aux âvèrot, transgressions. Mais j’ai ramené mes pas vers tes préceptes. » Cet extrait du psaume 119 illustre avant tout la position de libre choix essentielle à l’humanité. Mais elle n’atteint sa parfaite expression qu’après un examen profond de la situation et une connaissance précise de ses différents aspects. Être libre, c’est être responsable, et être responsable, c’est s’exposer à la possibilité du châtiment comme à celle de la récompense (R. David Sabbah). Le Yalqout, Bé-houqotaï, par. 670, rapporte :

Rabbi Chimôn fils de Yohaï dit : le pain et le bâton enlacés sont descendus du ciel. Dieu dit : Si vous observez la Torah, voici le pain pour votre nourriture ; sinon le bâton pour votre châtiment. D’où émane cet enseignement ? Du texte Yéchâya (Ésaïe) 1. 19, 20 : « Si vous voulez écouter, vous mangerez ce qu’il y a de meilleur dans le pays ; mais si vous refusez, si vous êtes rebelles, vous serez dévorés par l’épée ».

Récompense et châtiment relèvent donc d’un principe divin. Mais le Midrach insiste également sur le fait que ni le pain ni le bâton ne constituent la rétribution définitive. Le don du pain est une chance pour l’humanité d’accéder à la perfection spirituelle et morale dans ce monde. Et le bâton du châtiment n’a d’autre but que celui de redresser l’humanité en provoquant chez elle la repentance (téchouva).

Le chapitre 26 du Lévitique consacre dix versets à l’option de la fidélité et ses récompenses, et trois fois plus à celle de l’infidélité et ses châtiments. Ceux-ci sont regroupées en cinq paragraphes, chacun d’eux étant introduit par une phrase du type : Si vous me résistez, si vous ne voulez pas m’écouter, je vous frapperai sept fois plus, selon vos péchés (26. 14, 18, 21, 23, 27). À chacun de ces paragraphes est assorti un châtiment plus sévère, comme si les enfants d’Israël étaient dépouillés petit à petit de chacune des bénédictions de l’Alliance : Ils seront menacés sur leurs terres, leurs récoltes tomberont aux mains de leurs ennemis (26. 16,17) ; le pays sera frappé par la sécheresse, la terre ne donnera plus sa production (26. 19, 20) ; le pays deviendra un désert, il sera la demeure des bête sauvages, sa population diminuera (26.22) ; le pays sera livré à l’ennemi, ceux qui s’abriteront dans les villes seront frappés par la peste et la famine (26. 25, 26) ; enfin tout le pays sera profané, ses villes et ses sanctuaires seront détruits, et sa population sera disséminée parmi les nations (26.30 et suiv.). Dans sa miséricorde, l’Éducateur d’Israël retient son bras et mesure bien ses châtiments dans l’espoir toujours renouvelé de voir Israël parvenir à la repentance. Ce n’est qu’en tout dernier ressort qu’il consent à ravager le pays et le vider de ses habitants, car le Seigneur est patient et généreux, et il demeure fidèle à son alliance.

Il n’y consent que lorsqu’Israël est déclaré incurable (cf. 26. 40-41), lorsque la parole de Dieu n’a plus la moindre prise sur la nation, comme l’a constaté le prophète Jérémie :

Le péché de Juda est écrit avec un stylet de fer, avec une pointe de diamant ; il est gravé sur la tablette de leur cœur, sur les cornes de leurs autels (Jr 17.1).

Le cœur est tortueux par dessus tout
et il est incurable : qui peut le connaître ?
Moi, le Seigneur (IHVH), j’examine le cœur,
je sonde les reins,
pour donner à chacun selon ses voies,
selon le fruit de ses agissements (v. 9-10).

Mais même parvenu à cette extrémité, Dieu ne rejette pas Israël pour toujours, et il lui conserve la grâce du retour. Le peuple devra toutefois s’acquitter de sa faute (il devra purger sa peine) dans le pays de ses ennemis avant de bénéficier de nouveau des faveurs de Dieu (Lv 26. 42-45) :

Je me souviendrai de mon alliance avec Jacob, je me souviendrai de mon alliance avec Isaac et de mon alliance avec Abraham, je me souviendrai du pays. Le pays sera abandonné par eux. Il s’acquittera de ses sabats pendant qu’il restera dévasté, sans eux ; eux ils s’acquitteront de leur faute, puisqu’ils ont rejeté mes règles et qu’ils ont eu de l’aversion pour mes prescriptions. Pourtant, lorsqu’ils seront dans le pays de leurs ennemis, je ne les rejetterai pas ; je n’aurai pas d’aversion pour eux au point de les exterminer, de rompre mon alliance avec eux : je suis le Seigneur (IHVH), leur Dieu. Je me souviendrai en leur faveur de l’alliance avec les anciens, ceux que j’ai fait sortir d’Égypte, sous les yeux des nations, pour être leur Dieu. Je suis le Seigneur (IHVH).

La lecture qaraïte des Prophètes est Ésaïe 1.19 – 2.11. Elle est reliée à la section Bé-houqotaï par les versets 19 et 20, qui opposent la voie de l’obéissance à celle de la rébellion. Le prophète présente la ville de Jérusalem en trois tableaux : ce qu’elle était autrefois (1.21), ce qu’elle est devenue (1. 22-23 ; 2. 6-8) et ce qu’elle sera (1. 26-28 ; 2. 2-3) après que le Seigneur l’aura purifiée (1. 24-25). Il insiste beaucoup sur la rébellion et l’iniquité des chefs de Jérusalem (1.23) que Dieu remplacera au jour qu’il prépare  :

Je te donnerai de nouveau des juges comme par le passé,
et des conseillers comme au début.
Après cela, on t’appellera « Ville de la justice »,
« Cité fidèle ». (Es 1.26)

Le sort des chefs iniques est sans équivoque : ils seront consumés avec leurs œuvres, sans possibilité de retour (1.31). Quant au peuple infidèle, il sera abaissé et humilié dans les terreurs de la honte (2. 9-11) quand viendra le Juge de toute la terre (2. 2-5).

Bé-houqotaï et Marc