Les fêtes de premiers fruits

Trois fois l’an, tout le peuple d’Israël se rendait à Jérusalem: à la fête de Pâque (Pèssah), à la fête des Semaines (Chavouôt) et à celle des Tentes (Soukkôt). Ces trois fêtes dites «de pèlerinage» sont en relation avec la saison agricole. La fête des Pains sans levain (Hag haMatsôt) est décrite dans le calendrier de l’Exode comme une action de grâce au début de la moisson de l’orge (Ex 23.14-17); 50 jours plus tard, la fête des Semaines célébrait la fin des moissons; celle des Tentes marquait la fin des vendanges. En fait, toute la période des récoltes était ponctuée par les offrandes des premiers fruits du sol (bikkourim) suivant l’ordonnance de Moïse: Tu apporteras à la maison du Seigneur, ton Dieu, les prémices des premiers fruits de ta terre (Ex 23.19).

Dans la pensée juive, les premiers fruits sont consacrés à Dieu au bénéfice de toute la moisson. Ainsi est-elle entièrement consacrée à Dieu :

Or, si les prémices sont saintes, toute la pâte l’est aussi; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. (Ro 11.16)

Du point de vue de la bonne nouvelle, certes, ils sont ennemis, à cause de vous, mais du point de vue du choix de Dieu, ils sont aimés à cause de leurs pères. Car les dons de la grâce et l’appel de Dieu sont irrévocables. (Rm 11. 28, 29)

Dans le même ordre d’idée, le Christ ressuscité est le premier fruit de tous les ressuscités, c’est-à-dire de chaque être humain :

En effet, comme tous meurent en Adam, de même aussi tous seront rendus vivants dans le Christ. (1Co 15.22)

Le Christ ressuscité étant le premier fruit, les croyants, qui sont dans la communion du Christ, constituent à leur tour les premiers fruits de l’abondante moisson de l’humanité :

Parce qu’il en a décidé ainsi, il nous a fait naître par une parole de vérité, pour que nous soyons en quelque sorte les prémices de ses créatures.
(Jc 1.18)

Ils suivent l’agneau partout où il va. Ils ont été achetés d’entre les humains comme des prémices pour Dieu et pour l’agneau, et dans leur bouche il ne s’est pas trouvé de mensonge; ils sont sans défaut. (Ap 14. 4, 5)

Les croyants sont aussi comparés à la moisson du Christ, qu’il moissonnera dès qu’elle sera parvenue à maturité :

Je vis une nuée blanche, et sur la nuée était assis quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme. Il avait une couronne d’or sur la tête et une faucille acérée à la main. Un autre ange sortit du sanctuaire, en criant à celui qui était assis sur la nuée: Lance ta faucille et moissonne! L’heure est venue de moissonner, car la moisson de la terre est mûre. Celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée. (Ap 14. 14-16)

Ainsi donc, le Messie apparaît comme le premier fruit d’entre les premiers fruits; il constitue la part prélevée et consacrée à Dieu, celle qui consacre toute la moisson.

À l’imitation du grand prêtre qui dédie à l’Éternel la première gerbe d’orge, juste après la Pâque, Jésus, le Messie, dédie des hommes à Dieu en les invitant à marcher à sa suite, à devenir ses disciples. Ceux-là seront à leur tour des pêcheurs d’hommes (Mc 1.17), car grande est la moisson, mais peu nombreux sont les ouvriers (Mt 9.37).


Denis Grenier

Parasha Chémini : Le huitième jour

La Torah mentionne explicitement les offrandes de céréales; la première dans le cadre de la semaine pascale (Lv 23.11), et la seconde, à la fête des Semaines (Ex 23.16; Lv 23.16,17; Nb 28.26). Les Esséniens observaient en plus une fête du vin nouveau (3 Ab) et une fête de l’huile nouvelle (22 Eloul). Par ces offrandes, Israël exprimait sa gratitude pour le salut accordé et le don de la terre (cf. Dt 16.5-10).

Les premiers fruits constituent la meilleure, la préférée, la plus magnifique partie la moisson. Ils étaient prélevés et offerts pour en représenter la totalité, car l’existence toute entière d’Israël était le fruit de la miséricorde et la générosité de Dieu. Ils étaient alors saints, entièrement consacrés au Seigneur. L’offrande de la gerbe d’orge était présidée par le grand prêtre, qui la faisait tournoyer devant Dieu. Étaient aussi offerts un agneau et un gâteau au vin.

Par analogie, les premiers fruits représentent les personnes consacrées à l’Éternel, première part de l’abondante moisson de l’humanité. Israël est appelé le «premier-né» de Dieu (Ex 4.22) et il représente «les prémices de sa récolte» (Jr 2.3). Tout ce qui était premier en Israël, jusqu’au premier-né de chaque famille, revenait de droit au Seigneur (Ex 13.2; 22.28,29; comp. Nb 3.12,13).

Jésus, premier fruit de la moisson :

Jésus est en tout le premier (Col 1.18): il est le premier-né de Marie (Mt 1.23; Lc 2.7); le premier-né de Dieu, le Père (Hé 1.6); le premier-né de toute création (Col 1.15); le premier-né d’entre les morts (Col 1.18; Ap 1.5) et le premier-né d’une multitude de frères (Ro 8.29). D’après Jean, Jésus fut crucifié la veille du sabbat de la Pâque, le quatorzième jour de Nisân (Jn 19.31). S’il est bien ressuscité le troisième jour, ce fut le jour de l’offrande de la première gerbe (suivant le rite en usage au Temple). Aussi, Jésus est-il appelé prémices de tous ceux qui passeront de la mort à la vie :

Mais le Christ s’est bel et bien réveillé d’entre les morts: il est les prémices de ceux qui se sont endormis. Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. En effet, comme tous meurent en Adam, de même aussi tous seront rendus vivants dans le Christ, mais chacun en son rang: le Christ comme prémices, puis, à son avènement, ceux qui appartiennent au Christ. (1Co 15. 20-23)