Les fêtes de printemps

Rencontres entre le cycle des fêtes d’Israël et le cycle de Marc

Les liens entre les fêtes d’Israël et l’évangile reposent sur une distribution uniforme de tout le texte sur l’année entière, en commençant à la Pâque (d’après Frinking). Le calendrier de référence est celui des manuscrits de la Mer Morte, basé sur l’année solaire, pour un total de 364 jours (d'après D. Grenier). Cf. Denis GRENIER, L’Évangile dans le calendrier : Marc révélé par la liturgie juive, Pictogram, 2004.

22 Nisân – Yam Souph
Commémoration de la traversée de la mer Rouge

Le jour qui suit immédiatement la semaine des Pains sans levain, les juifs commémorent leur traversée de la mer Rouge. Ils se rappellent alors de la délivrance extraordinaire que Dieu leur accorda, lorsqu’il ouvrit pour eux un chemin au milieu des eaux, et avec quelle puissance ces mêmes eaux anéantirent les troupes du Pharaon, qui s’étaient lancées à leur poursuite.  C’est ainsi que le Seigneur s’est consacré Israël.

La tradition de l’Église relie cet événement fondateur à celui du baptême. Le rapport entre l’un et l’autre est déjà indiqué par Paul (1Co 10. 1-2). Dans le judaïsme, le baptême des prosélytes (ceux qui s'étaient convertis à la religion juive) était compris comme « un rite d’initiation au sacrement reçu lors du passage de la mer Rouge, un sorte d’imitation de la sortie d’Égypte » (G.-Foot Moore). « Avec le déluge, fait observer J. Daniélou, la traversée de la mer Rouge est l’une des figures du baptême que nous rencontrons le plus fréquemment [chez les Pères de l’Église].  [...] Les deux réalités ont une même signification. Elles marquent la fin de la servitude du péché et l’entrée dans une existence nouvelle. »

L’évangile propose alors le récit du baptême de Jésus en qui se réalise la consécration du Nouvel Israël (Mc 1. 9-11) :
En ces jours-là Jésus vint, de Nazareth de Galilée, et il reçut de Jean le baptême dans le Jourdain. Dès qu’il remonta de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. Et une voix survint des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir.

26 Nisân – Bikkourim
Offrande de la première gerbe d’orge

Dans l’ancien Israël, toute la période des récolte était ponctuée par les offrandes des premiers fruits du sol (bikkourim) suivant l’ordonnance de Moïse : « Tu apporteras à la maison du Seigneur, ton Dieu, les prémices des premiers fruits de la terre (Ex 23.19). » Les premiers fruits constituent la meilleure, la préférée, la plus magnifique partie de la moisson. Ils étaient prélevés et offerts pour en représenter la totalité, car l’existence toute entière d’Israël était le fruit de la miséricorde et de la générosité de Dieu. Ils étaient alors « saints », entièrement consacrés au Seigneur. L’offrande de la gerbe d’orge était présidée par le grand-prêtre, qui la faisait tournoyer devant Dieu.

Par analogie, les premiers fruits représentent les personnes consacrées au Seigneur, la première part de l’abondante moisson de l’humanité. Israël est appelé le « premier-né » de Dieu (Ex 4.22) et il représente « les prémices de sa récolte » (Jr 2.3). Jésus ressuscité est aussi appelé « prémices » de tous ceux qui passeront de la mort à la vie (1Co 15. 20-23). Ceux qui sont dans la communion du Christ constituent, à leur tour, les premiers fruits de l’abondante moisson de l’humanité (cf. Jc 1.18 ; Ap 14. 4-5, 14-16).

Les premiers disciples :  À la manière du grand-prêtre qui dédie à Dieu la première gerbe d’orge, juste après la Pâque, Jésus, le Messie, dédie des hommes à Dieu en les invitant à marcher à sa suite, à devenir des disciples (Mc 1.16 est suiv.) :

En passant au bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient leurs filets dans la mer – car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d’humains. Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent.

1er Sivân – Min-HaHar
Commémoration de l’arrivée au Sinaï

Le troisième mois (hodèch : lunaison) à compter de leur sortie d’Égypte, en ce jour-là (ba-yom ha-zèh), les Israélites arrivèrent au désert du Sinaï (Ex. 19.1).

Le 1er Sivân, Israël commémore donc l’arrivée au Sinaï et la montée de Moïse sur la montagne à la rencontre de Dieu, qui lui propose alors le mariage avec le peuple qu’il a choisi : « Moïse monta vers Dieu ; le Seigneur l’appela de la montagne et lui dit : Voici ce que tu diras à la maison de Jacob, ce que tu annonceras aux Israélites : Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait à l’Égypte : je vous ai porté sur des ailes d’aigle et je vous ai fait venir à moi. Maintenant si vous m’écoutez et si vous gardez mon alliance, vous serez mon bien propre parmi tous les peuples – car toute la terre m’appartient. Quant à vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. Voilà ce que tu diras aux Israélites (Ex 19. 3-6). »

Le texte du jour nous montre Jésus montant sur la montagne pour appeler à lui ses élus, les douze, qui seront les gardiens de sa tradition (Mc 3. 13-14) :

Il monte ensuite sur la montagne ; il appelle ceux qu’il voulait, et ils vinrent à lui. Il en choisit douze, à qui il donna aussi le nom d’apôtres, pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer, avec l’autorité pour chasser les démons.

15 Sivân – Chavouôt
La Torah donnée et révélée à Israël

La Pentecôte (ou la Fête des Semaines) clôturait la période pascale et la moisson générale. Cette fête agricole s’était enrichie d’un thème théologique : celui de la célébration de l’Alliance et du don de la Torah, qui consacrait l’union entre Dieu et son peuple. Les esséniens célébraient la fête le 15 Sivân (soit sept semaines après l’offrande de leur première gerbe, au 26 Nisân), et la révélation du Sinaï, le lendemain (cf. Jub. I,1 ; comp. XLIV, 4-5). C’était, pour eux, la fête principale de l’année, l’occasion de renouveler leur alliance.

Le jour où les esséniens célébraient la révélation du Sinaï, l’Évangile de Marc propose un texte sur la révélation des secrets du règne de Dieu, une révélation réservée aux disciples de Jésus (Mc 4.10-12). Cette explication fait suite à la parabole du semeur, où la semence (la Parole) remplie la fonction créatrice de la Torah (Mc 4. 3-9) :

Lorsqu’il fut à l’écart, ceux qui l’entouraient, avec les douze, se mirent à l’interroger sur les paraboles. Il leur disait : À vous, le secret du règne de Dieu a été donné, mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles, de sorte que, tout en regardant bien, ils ne voient rien et que, tout en entendant bien, ils ne comprennent rien, de peur qu’ils ne fassent demi-tour et qu’ils ne leur soit pardonné.

Les fêtes d'automne

Mer Rouge (Nouéba, Égypte)
Dans le judaïsme, le baptême des prosélytes était compris comme « un rite d’initiation au sacrement reçu lors du passage de la mer Rouge, un sorte d’imitation de la sortie d’Égypte ».
Les premiers fruits représentent les personnes consacrées au Seigneur, la première part de l'abondante moisson de l'humanité.
Le jour où les esséniens célébraient la révélation du Sinaï, l'Évangile de Marc propose un texte sur la révélation des secrets du règne de Dieu, une révélation réservée aux disciples de Jésus.