D. UN TEMPS DE RÉPIT

Le volte-face de Saul, le persécuteur

Saul, lui, ravageait l’Église; il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes et les faisait jeter en prison. (Ac 8.3)

J’ai moi-même fait enfermer en prison beaucoup de saints, selon l’autorité dont j’avais été investi par les grands prêtres; et, quand on décidait de les supprimer, j’apportais mon suffrage. Dans toutes les synagogues, j’usais de maints sévices pour les forcer à blasphémer. Dans l’excès de ma fureur contre eux, je les persécutais jusque dans les villes étrangères. (Ac 26. 10-11)

Après son baptême (Ac 9.18), et à la suite du témoignage qu’il a rendu à Damas (ibid. 9. 20-22), Saul cherche à se joindre à la Communauté de Jérusalem:

Arrivé à Jérusalem, Saul tentait de se joindre aux disciples; mais tous avaient peur de lui, ne croyant pas qu’il fût disciple. Alors Barnabé le prit avec lui, l’amena aux apôtres et leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, que celui-ci lui avait parlé, et comment à Damas il s’était exprimé avec assurance au nom de Jésus (Ac 9. 26-27).

Trois ans plus tard, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et j’ai demeuré quinze jours chez lui. Mais je n’ai vu aucun autre des apôtres, sinon Jacques, le frère du Seigneur (Ga 1. 18-19).

Paul commence bientôt à débattre avec les Juifs de langue grecque. Les frères de Jérusalem réagissent vite, craignant une reprise des hostilités:

Il allait et venait avec eux à Jérusalem et s’exprimait avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait et débattait aussi avec les gens de langue grecque; mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. Les frères en eurent connaissance; ils le firent descendre à Césarée et le firent partir pour Tarse. L’Église, dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, était donc en paix; elle se construisait, vivait dans la crainte du Seigneur et se multipliait par l’encouragement de l’Esprit saint (Ac 9. 28-31).

Après avoir connu une première vague de persécutions, qui a provoqué la dispersion de la Communauté de Jérusalem, les judéochrétiens se montrent prudents: ils souhaitent la paix sociale et cherchent à consolider leurs communautés. Saul, le persécuteur devenu croyant, représente un risque trop grand: les chrétiens le font monter sur un navire et le renvoient à Tarse. Mais Barnabé se souviendra de lui. (Ac 11. 25-26)

E. LA SECONDE BRÈCHE

La conversion du centurion romain Corneille

Corneille est un «craignant-Dieu». Il ne peut pas être considéré comme faisant partie du peuple de Dieu, le peuple d’Israël (cf. Ac 10. 1-2).

Les différents statuts des participants au culte de la synagogue

On sait que la Synagogue au Ier siècle se composait de trois cercles concentriques: en premier lieu les Juifs de naissance, par lignée maternelle; en deuxième lieu les prosélytes, païens de naissance, intégrés à l’Alliance par la circoncision et le baptême; en troisième lieu les craignant-Dieu, païens intéressés par la foi juive mais non circoncis, associés à quelques rites et astreints à une part des prescriptions de la Torah. L’intégration des non-Juifs s’est inspirée de cette pratique, mais à cette différence – capitale – que le cloisonnement préservant chacun des trois cercles ne sera plus de mise dans la communauté chrétienne. (Histoire du christianisme, tome I: Le nouveau peuple, p. 195)

Dieu orchestre lui-même la rencontre de Pierre et du centurion Corneille à Césarée

Pierre n’aurait jamais osé entrer dans la demeure d’un non-Juif si Dieu ne lui avait pas appris, au moyen d’un songe et d’une directive de l’Esprit saint (Ac 10. 9-21), à ne plus tenir le non-Juif pour impur:

Ce que Dieu a purifié, toi, ne le souille pas! (Ac 10.15).

Le message de Pierre suffit à faire de ses auditeurs des chrétiens:

Pierre était encore en train de dire cela quand l’Esprit saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de voir que le don de l’Esprit saint était aussi répandu sur les non-Juifs. Car ils les entendaient parler en langues et magnifier Dieu. Alors Pierre reprit: Peut-on refuser l’eau du baptême à ces gens, qui ont reçu l’Esprit saint tout comme nous? (Ac 10. 44-47)

Dans le judaïsme, il y avait trois prérequis pour qu’un non-Juif soit admis dans la communauté d’Israël: la circoncision (pour les hommes), le baptême et la présentation d’un sacrifice (pour tous). Le converti affirmait d’abord son acceptation de la loi de Moïse en déclarant: «Je ferai tout comme il me sera dit» (cf. Dt 29. 9-14). À la Pentecôte, c’est le don de l’Esprit, et non plus celui de la Loi, qui crée le peuple de Dieu. Puisque Corneille et les siens ont reçu l’Esprit saint, il est manifeste que le Seigneur lui-même les a ajoutés à son peuple.

Les apôtres et les frères qui étaient en Judée apprirent que les non-Juifs aussi avaient accueilli la parole de Dieu. Lorsque Pierre fut monté à Jérusalem, les circoncis le prirent à partie en disant: Tu es entré chez des incirconcis et tu as mangé avec eux! (Ac 11. 1-3)

Pierre leur raconte toute son histoire et comment l’Esprit saint est tombé sur les non-Juifs «comme il était tombé sur nous au commencement» (Ac 11.15). Pierre a dû corriger sa théologie:

Alors je me suis souvenu de cette parole du Seigneur, qui disait: Jean a baptisé d’eau, mais vous, vous recevrez le baptême dans l’Esprit saint. Si donc Dieu leur a fait le même don qu’à nous pour avoir cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour pouvoir m’opposer à Dieu? Après avoir entendu cela, ils se calmèrent et glorifièrent Dieu, en disant: Dieu a donc donné aussi aux non-Juifs le changement radical qui mène à la vie! (Ac 11. 16-18)

La question de l’intégration des non-Juifs dans la Communauté est-elle résolue? Y a-t-il des aspects de la question qui n’ont pas encore été traités?

Lire la suite