la Visitation, il l’exterminera pour de bon. Alors la vérité sera proclamée et prévaudra sur la terre. Toutes les œuvres des hommes seront purifiées et une partie de l’humanité sera sanctifiée et purifiée par une effusion de l’Esprit. «Ainsi il donnera l’intelligence requise pour la connaissance du Très-Haut et la sagesse des anges, rendant sages ceux dont la voie est parfaite.» (1QS IV, 18 et suiv.)

Les judéochrétiens anticipaient également la venue de ce jour glorieux. Pour eux cependant, il avait été inauguré dans l’événement de la résurrection de Jésus, le Messie. Dans l’épître de Barnabé (chapitre 15 - début du second siècle de notre ère), l’auteur s’explique sur la signification symbolique du sabbat et du premier jour suivant le sabbat, le huitième jour. L’auteur tient pour acquis que le septième jour représente l’ère messianique, qui mettra fin à l’injustice et renouvellera toutes choses – seul temps où il nous sera possible de sanctifier pleinement le sabbat. Le huitième jour est réservé au cieux nouveaux et à la terre nouvelle, comme dans Apocalypse 21 :

Le huitième jour

Pendant sept jours, vous ne quitterez pas l’entrée de la tente de la Rencontre, jusqu’à ce que les jours de votre investiture soient achevés : il faudra sept jours pour vous investir. (Lv 8.33)

Le huitième jour, Moïse appela Aaron et ses fils... (ibid. 9.1)

La tradition juive rapporte que pendant toute une semaine, Moïse dressait chaque matin le Tabernacle et le démontait le soir (comme s’il réitérait sept phases successives, comme celles de la création du monde). Le huitième jour, qui tomba un dimanche, le Tabernacle ne fut plus démonté et le culte des offrandes fut institué. En fait, ces sept jours plus un constituent la durée type de la consécration biblique, qu’il s’agisse d’un garçon juif, circoncis au huitième jour (Gn 17.12; Lv 12.3), d’un prêtre (Lv 8.33; 9.1), de l’autel des sacrifices (2Ch 7.9; Ez 43. 26-27) ou du Sanctuaire (1R 6. 37-38; 2Ch 29.17). C’est aussi la durée de la fête des Pains sans levain (Hag haMatsôt), qui est suivie, au huitième jour, du mémorial de la traversée de la mer Rouge; et la durée de la fête des Tentes (Soukkôt), qui est suivie, au huitième jour, d’une grande cérémonie de clôture (Lv 23.39; Nb 29.35; Jn 7.37).

Que signifie ce huitième jour, qui s’ajoute au calendrier de la création ?

Le chiffre sept se rapporte aux ordonnances du sabbat, des années sabbatique et jubilaire, et aux sept jours de fête (Pèssah et Soukkôt). Ces ordonnances se réfèrent toutes à l’ordre de cette création. Par contre, fait observer Rabbénou Bé’hayé, «le chiffre 8 concerne le cohén gadol, le grand prêtre, qui est au service de Celui qui est au-delà de tout cela et qui est Un. C’est cet Un là qui est concerné par le terme du huitième jour, au-delà du chiffre 7 qui caractérise au mieux notre monde». Pour Kéli Yaqar (? – 1619), le huitième jour fait allusion à l’ère messianique puisque «La lyre des temps messianiques comporte huit cordes» (Talmud Arakhine 13b). En ce jour-là, «l’humanité sera d’une perfection morale telle qu’elle reconnaîtra Dieu comme étant l’auteur de la Création et de l’Histoire». Le chiffre huit indiquerait donc un état de sainteté (qédoucha) supérieur au monde actuel, soit la perfection morale du monde-à-venir. D’après la mystique juive, si la circoncision est pratiquée le huitième jour, c’est qu’elle se réfère à un ordre de réalité qui transcende l’ordre naturel.

Les prophètes d’Israël ont annoncé la venue d’un grand jour où Dieu purifiera le monde de ses violences et de ses crimes. Ce jour-là, l’expiation du monde sera complète et définitive. Cela interviendra à la huitième année après les sept années de souffrance qui précéderont la venue du Messie (cf. Sanhédrine 97a) pendant lesquelles Dieu extirpera l’impureté de la terre: «En ce jour-là – déclaration du SEIGNEUR des Armées – je retrancherai du pays le nom des idoles, et on ne s’en souviendra plus; j’ôterai aussi du pays les prophètes et le souffle de l’impureté.» (Za 13.2) La référence au huitième jour (ou à la huitième année) prend ici toute sa signification symbolique et prophétique. Elle se rapporte à la purification définitive du monde à la fin des temps.

La Règle de la Communauté (Qumrân) en livre une description détaillée. Il y est dit que Dieu a toléré pour un temps la perversité dans le monde. Mais à l’heure fixée pour

«Et il se reposa au septième jour» (Gn 2.2), ce qui veut dire: lorsque son Fils sera venu mettre une fin au temps de l’injustice, juger les impies, changer l’aspect du soleil, de la lune et des étoiles, alors il chômera pleinement le septième jour. Mais il est encore dit: «Vous le sanctifierai avec des mains pures et un cœur pur» (Ex 20.8; Ps 24.4). S’il y avait aujourd’hui un homme capable de sanctifier, par la pureté de son cœur, le jour que Dieu a rendu saint, notre erreur serait totale. Mais remarquez-le bien, nous n’entrerons pleinement dans le repos pour le sanctifier, que lorsque nous serons en possession de la promesse, lorsqu’il n’y aura plus d’injustice et que le Seigneur aura renouvelé toutes choses; nous serons alors en mesure de marcher dans la justice parfaite. Alors nous pourrons sanctifier le septième jour, ayant été sanctifiés nous-mêmes. Le Seigneur dit enfin aux Juifs: «Je hais vos nouvelles lunes et vos fêtes» (Es 1.14). Voyez bien ce qu’il veut dire: ce ne sont pas vos sabbats actuels qui me sont agréables, mais celui que j’ai fait moi-même et dans lequel, mettant toute chose au repos, j’inaugurerai le huitième jour, c’est à dire un univers nouveau. Voilà pourquoi nous célébrons dans l’allégresse le huitième jour, celui où Jésus est ressuscité des morts et où, après s’être manifesté, il est monté au cieux.»

Le sabbat préfigure ainsi l’ère messianique, vouée à la purification de notre monde. Ce temps de grâce où, comme le veut la tradition, chaque jour de la semaine sera chabbat, sera suivi d’un huitième jour, voué à la nouvelle création, les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habitera. Pour cette raison les chrétiens se rassemblent le dimanche pour célébrer le Christ ressuscité, en qui se réalise le renouvellement de toutes choses. On trouve le même schéma dans l’Apocalypse de Jean: le règne de mille ans du Christ, préfiguré par le sabbat (Ap 19.1–20.6), est suivi de la nouvelle création et du banissement de tout mal et de toute souffrance de la terre (Ap 20.8–22.5). L’ordre de cette création étant révolu, le huitième jour s’ouvre sur l’éternité de Dieu.


Denis Grenier

Parasha Chémini & Marc