LE MYSTÈRE DE LENSEIGNEMENT
EN PARABOLES

DANS LÉVANGILE DE MARC

Il les instruisait longuement en paraboles
Qu’est-ce qu’une parabole ? Grec, parabolê, hébreu, mashal
L’idée première du mashal est celle d’un enseignement appuyé sur une comparaison. Le règne de Dieu est semblable à… Les prophètes de l’AT en font un usage fréquent. Par exemple, la célèbre parabole de la brebis unique que le prophète Nathan a adressé au roi David (2 Sm 12. 1-4), ou le chant de la vigne d’Ésaïe (És 5. 1-7) : Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile


La parabole vise souvent à mettre en question les gens à qui elle s’adresse. Le mashal veut amener l’auditeur à porter un autre regard sur lui-même, sa situation ou son comportement1.

Dans son état le plus simple, la parabole est une métaphore ou une comparaison tirée de la nature ou de la vie courante, qui frappe l’auditeur par son caractère vivant ou étrange, et dont l’application exacte sème dans l’esprit un doute suffisant pour inciter à une pensée personnelle. (C. H. Dodd)

Ce texte résume bien les caractéristiques de la parabole :

• Sa forme imagée ou poétique ;
• son réalisme (en faisant appel à l’expérience commune) ;
• son caractère paradoxal, étrange, intrigant, frappant ;
• son ouverture – qui invite à la réflexion personnelle.

Les paraboles de Jésus sont « ouvertes » : elles sont construites et racontées de manière à exiger et obtenir une réponse de la part des auditeurs1.

LA PARABOLE COMME RÉVÉLATION CACHÉE, SCELLÉE, QUI DOIT ÊTRE DÉVÉROUILLÉE

Lorsque le destinataire est ouvertement hostile au message et fermé à la discussion. Tout est bouché. C’est le contexte des paraboles agricoles de Marc 4 :

Lorsqu’il fut à l’écart, ceux qui l’entouraient, avec les Douze, se mirent à l’interroger sur les paraboles. Il leur disait : À vous le mystère du règne de Dieu a été donné, mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles, de sorte que, tout en regardant bien, ils ne voient rien et que, tout en entendant bien, ils ne comprennent rien, de peur qu’ils ne fassent demi-tour et qu’il ne leur soit pardonné. (v. 10-12)

Le verset 12 est repris d’Ésaïe 6. 9-10

Le passage fait allusion à deux groupes bien distincts : 1) ceux qui l’entouraient, avec les Douze ; 2) ceux du dehors

QUI SONT CEUX DU DEHORS ?

C’est une question qu’il faut poser à l’évangéliste, puisqu’il les a fait entrer en scène au chapitre précédent : Les gens de sa parenté viennent pour se saisir de lui, car ils disaient : Il a perdu la raison. (v. 21) ; Les scribes qui étaient descendu de Jérusalem disaient : Il a Béelzéboul ; c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ! (v. 22) Ces gens se tiennent dehors (v. 31)

Ce sont ceux qui se montrent hostiles à Jésus et qui lui résistent de différentes manières. Ils sont représentés dans notre évangile par les scribes et les gens de sa parenté. Paul utilisera l’expression (ceux du dehors) pour désigner les non-croyants (1Co 5.12 ; Col 4.5 ; 1Th 4.12 ; 1Tm 3.7). En effet, les non-croyants sont en dehors de l’Alliance.

Toutefois, Marc pourrait viser un groupe spécifique lorsqu’il rapporte la parole de Jésus au sujet de ceux du dehors pour qui tout arrive en paraboles. Il en a laissé un indice dans sa citation d’Ésaïe 6. Alors jouons un peu les détectives ! Marc nous donne : … de peur qu’ils ne fassent demi-tour et qu’il ne leur soit pardonné.

… qu’il ne revienne et ne soit guéri (va-chav ve-rapha lo) (Es 6.10, TM) ; … qu’ils ne se convertissent à moi et que je ne les guérisse (kai iasomai autous) (LXX)

La Bible hébraïque (TM) de même que la Bible grecque (LXX) ont toutes deux le verbe guérir, contre Marc qui a pardonner. Duquel groupe, des scribes et de la parenté de Jésus, est-il dit, à la fin du chapitre 3 (parasha Bé-midbar), qu’il ne lui sera pas pardonné ?

Amen, je vous le dis, tout sera pardonné aux fils des hommes, péchés et blasphèmes autant qu’ils en auront proférés ; mais quiconque blasphème contre l’Esprit saint n’obtiendra jamais de pardon : il est coupable d’un péché éternel. C’est qu’ils disaient : Il a un esprit impur. (v. 28-30)

UN TEXTE CITÉ HORS CONTEXTE DEVIENT
UN PRÉTEXTE !

Les scribes (les biblistes) de Jérusalem sont parvenus à une conclusion. Au vu de tout ce que Jésus a fait pour Israël dans les chapitres 1 à 3 (délivrances, guérisons, purifications, pardon des péchés), ils ont conclu que c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ! Wow !

Ce sera la position officielle du judaïsme, qui laissera sa marque dans la tradition juive médiévale. Jésus y est dépeint en ensorceleur et magicien qui égare Israël.

Jésus répond à l’accusation délirante des scribes pour montrer qu’elle ne tient pas debout. Si Satan se dressait contre lui-même, son entreprise ne ferait pas long feu. La thèse est absurde. D’autant plus qu’elle est formulée par les plus instruits des Juifs, les guides spirituels d’Israël. Jésus parle à leur sujet de blasphème contre l’Esprit saint pour lequel il n’y a pas de pardon.

Voilà une idée qui doit être clarifiée.

Graphou - Deuxième de dix

1. Amar DJABALLAH, Les Paraboles aujourd'hui : Visages de Dieu et images du Royaume, Éditions la Clairière, 1994