Le Jour du Grand pardon

Source : Mitch et Zhava GLASER, The Fall Feasts of Israel,
Moody Press, 1987

Le Jour du Grand pardon (Yom Kippour), est le plus respecté des jours saints d’Israël. Ce jour-là, les synagogues sont remplies à capacité. Même les Juifs qui d’ordinaire se tiennent à l’écart de la religion assistent au service de Kippour.

La préparation : Ce jour ne survient pas brusquement et sans avertissement. Les Juifs pieux consacrent tout le mois d’Eloul, le mois précédent Kippour, à la préparation de leurs cœurs. Le premier jour du mois de Tichri, la fête du Nouvel an (Rosh HaChana) enclenche le compte à rebours de dix jours jusqu’au Yom Kippour. Ces jour sont connus comme « redoutables ». Les rabbins ont commandé au peuple juif d’initier sans plus attendre le processus de la repentance : « Le Saint, béni soit-Il, a dit à Israël : Rénovez-vous par la repentance durant les dix jours qui séparent Rosh HaChana du Yom Kippour, et en ce jour Je vous tiendrai pour innocents, regardant chacun de vous comme une toute nouvelle créature » (Pésiqta Rabbati 40.5). Le nombre dix peut désigner la perfection et la restauration de l’harmonie parfaite entre Dieu et l’homme. Une émouvante confession des fautes est récitée dix fois le jour de la fête pour faire écho à la tradition disant que le grand prêtre prononçait le nom de Dieu dix fois lorsqu’il invoquait le pardon divin (Yoma 39b).

Le judaïsme enseigne qu’au premier jour de Tichri, jour de Rosh HaChana, un jugement est prononcé dans les cieux ; mais la sentence en est suspendue pour une période de dix jours : elle n’est scellée qu’au Yom Kippour. C’est pourquoi beaucoup de Juifs religieux profitent de ces jours pour jeûner jusqu’à midi, en signe de contrition, sauf le jour du sabbat et la veille de Kippour, où il est interdit de jeûner. Le sabbat qui tombe durant ces dix jours est appelé Chabbat chouva, le « sabbat de la repentance »; il est observé avec plus de rigueur que les autres sabbats. C’est un sabbat pour se détourner du péché et se préparer pour le jugement à venir.

Le Yom Kippour est un jour de jeûne complet. D’après les rabbins, le jeûne de ce jour fait s’approcher l’homme des anges, parce qu’il est vécu dans la contrition, la prière, la prosternation, la louange et le chant. En jeûnant, l’homme met de côté ses facultés naturelles et se dédie lui-même entièrement au spirituel. C’est comme si l’élément animal en lui était disparu (Kuzari 3,5).

La confession des fautes : C’est le point culminant de la liturgie de Kippour. Cette confession est faite à l’unisson par toute la congrégation, qui ne confesse pas des fautes personnelles, mais ceux qui affectent l’humanité en général. La confession des fautes, répétée dix fois durant le service, se présente en hébreu comme une liste alphabétique d’offenses, deux pour chaque lettre, avec un résumé pour chacune des catégories de fautes religieuses :

Dieu, et Dieu de nos pères, pardonne nos fautes en ce jour d’expiation. Que nos fautes et nos transgressions soient ôtées de ta vue... Ô mon Dieu, avant que je sois créé, je n’étais rien, et à présent que j’ai été créé, que suis-je ? Je ne suis que poussière en cette vie, et plus encore quand je suis en proie à la mort. Quand je prend la mesure de ma vie en Ta présence, je suis confus et j’éprouve de la honte. Aide moi, ô Dieu, et Dieu de mes pères, à diriger ma vie sans pécher. Et dans ta grande miséricorde, purifie moi de mes fautes passées, mais, je t’en prie, non pas au moyen d’une sévère et douloureuse maladie.

Pour chacune des fautes mentionnées, le fidèle se frappe la poitrine avec le poing. Même s’il n’a pas personnellement commis la faute nommée, il prend sur lui la culpabilité qui résulte de sa solidarité avec la nation fautive. Chaque fidèle doit réciter la totalité de la confession, telle qu’écrite dans le livre de prière. S’il a commis une faute mentionnée dans la confession, les rabbins disent qu’il devrait ressentir un pincement au cœur au moment où il la récite. Et si une faute qu’il a commise n’est pas mentionnée dans la confession, il n’a pas à la dire à voix haute, mais il devrait tout de même en éprouver la culpabilité et reconnaître sa faute avec douleur.

L’expiation : Avec le temps, on est venu à considérer le service du Yom Kippour tel que vécu à la synagogue comme un rituel de remplacement des sacrifices d’animaux du Temple. Les rabbins ont attribué au jour lui-même le pouvoir d’effectuer l’expiation des fautes, en se basant pour cela sur Lévitique 16.30 : « Car en ce jour on fera l’expiation sur vous, pour vous purifier : vous serez purs de tous vos péchés devant le Seigneur. »

Juifs priant à la synagogue le jour de Kippour, par Gottlieb

Cependant, comme il en va de la repentance, ils ont rappelé que si une personne péchait intentionnellement, en se disant que le Jour du Grand pardon allait faire pour elle l’expiation, cette personne se trompait et elle demeurait chargée de sa faute (Yoma 8,9). Le Jour du Grand pardon est considéré comme faisant l’expiation seulement des fautes entre l’homme et Dieu. Les fautes entre l’homme et l’homme exigent en premier lieu la satisfaction de l’offensé (Maimonides, Michneh Torah, Lois sur la repentance, 1,3 ; 2,1, 9-10). 

Un point culminant de la fête survient quand une ordonnance du service du Temple est actualisée. Quand le cantor rappelle comment le peuple se prosternait jadis, dans la cour du Temple, les Juifs pieux se jettent par terre, exactement comme le faisaient leurs ancêtres dans le Temple de Jérusalem à chaque fois que le nom ineffable de Dieu était prononcé par le grand prêtre. S’agenouiller (ou se prosterner) est un geste propre au jour de Rosh HaChana et au service de Kippour, puisqu’il est d’ordinaire défendu aux Juifs de s’agenouiller à la synagogue.

La clôture du service : Les derniers instants de Kippour sont extraordinaires. Au moment où l’obscurité se dépose sur la congrégation, la Clôture, Neilah, est récitée. C’était, à l’origine, le nom de la cérémonie de clôture au Temple, quand ses grandes portes étaient fermées et que le peuple était renvoyé chez lui. Mais avec le temps, cette cérémonie est venue à désigner la fermeture des portes du ciel, comme quoi le jugement était scellé pour toute l’année. Comme les portes du ciel se referment, les Juifs supplient Dieu de les ouvrir à nouveau pour que le peuple, purifié de ses péchés, puisse une fois encore jouir de la faveur de Dieu.

Une fois la Neilah complétée, l’assistance se joint au cantor dans une dernière déclaration de foi :

Écoute, ô Israël, le Seigneur est ton Dieu, le Seigneur est un [récité une seule fois].

Béni soit le nom de son royaume glorieux pour toujours et à jamais [récité trois fois].

Le Seigneur est Dieu [récité sept fois].

La première phrase, « Écoute, ô Israël », n’est proclamée qu’une fois, pour éviter que le peuple soit confus et qu’il s’imagine qu’il y a plus d’un Dieu. Puis, le royaume est proclamé trois fois, en référence à son règne sur le passé, le présent et l’avenir. Et sept fois il est proclamé que « le Seigneur est Dieu » (1 R 18.39), puisque le nombre sept symbolise la perfection de la nature de Dieu.

Quand le soleil est sur le point de se coucher, la congrégation se lève. C’est un moment solennel, puisque le peuple réalise que son sort est sur le point d’être scellé pour toute une année. Le cor (shofar) retentit – en une sonnerie longue et résonnante. Et la congrégation répond à l’appel de la trompette avec cette parole d’espoir : L’année prochaine à Jérusalem.


Commentaire de la parasha Acharè-môt