Commentaire de la Torah

Le SEIGNEUR parla à Moïse, après la mort des deux fils d’Aaron qui s’étaient présentés devant le SEIGNEUR et qui en étaient morts. Le SEIGNEUR dit à Moïse : Parle à Aaron, ton frère, afin qu’il n’entre pas en tout temps dans le Sanctuaire, à l’intérieur, au-delà du voile, devant l’expiatoire qui est sur le Coffre ; ainsi il ne mourra pas ; car j’apparaîtrai dans la nuée au-dessus de l’expiatoire. Voici comment Aaron entrera dans le Sanctuaire : avec un taureau en sacrifice pour le péché et un bélier pour l’holocauste. Il se revêtira d’une tunique sacrée en lin et portera des caleçons de lin ; il se ceindra d’une écharpe de lin ; tels sont les vêtements sacrés dont il se revêtira après avoir lavé son corps avec de l’eau. Il recevra de la communauté des Israélites deux boucs en sacrifice pour le péché et un bélier pour l’holocauste. Aaron présentera le taureau du sacrifice pour son propre péché ; il fera l’expiation pour lui-même et pour sa maison. (Lv 16. 1-6)

Acharè môt : après la mort (des deux fils d’Aaron)
cf. Lv 10. 1-7

Le chapitre 10 faisait état de la faute de Nadab et Abihou, fils d’Aaron, qui présentèrent devant le Seigneur (dans le Débir, le lieu Très-Saint) un feu profane. Une faute qu’ils payèrent de leurs vies. Le chapitre 16 expose les dispositions du Seigneur pour prévenir, autant que possible, la répétition de cet épisode malheureux. Les chapitres 11 à 15 (Tazriâ et Métsorâ) forment une parenthèse sur le thème de l’impureté de l’homme et de la femme. Les mesures de Lévitique 16 sont donc consécutives à l’échec du premier service sacrificiel aaronique. Il est important de garder cette liaison à l’esprit. Le Jour de l’Expiation (le Yom Kippour) est ordonné acharè môt, après la mort. L’ordonnance doit être vue comme une mesure temporaire conditionnée par la précarité du sacerdoce lévitique, tout en prévoyant une provision pour le pardon des péchés d’Israël. En effet, Acharè môt dit expressément : « Parle à Aaron, ton frère, afin qu’il n’entre pas en tout temps dans le Sanctuaire, à l’intérieur, au-delà du voile, devant l’expiatoire qui est sur le Coffre ; ainsi il ne mourra pas, etc. » Il n’y pénètrera qu’une fois par an, le dixième jour du septième mois, pour y faire l’expiation pour lui-même et pour le peuple (v. 29). Cette restriction laisse supposer qu’en présence d’un sacerdoce sans défaut, dans l’état idéal de la relation entre Dieu et son peuple, il en serait tout autrement. C’est ce que l’auteur de l’épître aux Hébreux souligne avec perspicacité dans son commentaire de la parasha Acharè môt :

Tout cela étant installé, les prêtres entrent en tout temps dans la première tente, lorsqu’ils accomplissent le rituel du culte. Mais dans la seconde, seul le grand prêtre pénètre, une fois par an, non sans y présenter du sang pour lui-même et pour les fautes du peuple. L’Esprit saint montre bien par là que le chemin du Sanctuaire ne s’est pas encore manifesté tant que la première tente subsiste. C’est une parabole pour le temps présent… (Hé 9. 6-8)

Les fils d'Aaron emportés hors du camp, par James Tissot

En d’autres mots, tant que subsiste la séparation entre première (le Saint) et seconde tentes (le Très-Saint), c’est que le chemin vers Dieu n’a pas encore été donné. L’auteur l’exprime de manière surprenante en écrivant « le chemin du Sanctuaire ne s’est pas encore manifesté », comme si ce chemin était une personne. C’est que, pour lui, c’en est bien une. Quelques lignes plus loin, il écrit : « Mais le Christ a paru comme grand prêtre des biens qui devaient venir ; il a traversé la tente plus grande et plus accomplie, qui n’est pas fabriquée par des mains humaines, c’est-à-dire qui n’est pas de cette création ; il est entré une fois pour toutes dans le Sanctuaire, non pas avec du sang de boucs ou de taurillons, mais avec son propre sang. C’est ainsi qu’il a obtenu une rédemption éternelle. » (ibid. v. 11-12)

Pour l’auteur des Hébreux, le culte qui est célébré sur terre n’est encore qu’une copie, une ombre des choses célestes, puisque Moïse a fait construire le tabernacle d’après le modèle qui lui a été montré sur la montagne (8.5, cf. Ex 25.39). Cette copie devait subsister jusqu’à un temps de réforme, jusqu’à l’avènement d’un nouvel ordre sacerdotal, celui du Messie, qui devait s’offrir lui-même à Dieu comme un sacrifice sans défaut, afin de purifier notre conscience des œuvres mortes et nous faire participants du culte du Dieu vivant (9.14).

Le rituel de l’Expiation est une parabole pour le temps présent, une figuration de la situation de l’humanité devant Dieu et, à ce titre, ne peut porter à son accomplissement, sous le rapport de la conscience (suneidesis), celui qui prend part à ce culte (9.9).

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