Le paralytique de Capharnaüm

Selon le calendrier de la communauté de Marc, le sabbat du 9 Iyyar, on lit les parashiyôt Acharè môt et Qédochim (Lv 16.1 à 20.27). Deux lectures pour un même sabbat, comme on le fait à l’occasion pour les péricopes les plus courtes. La première lecture est consacrée au Jour de l’Expiation (Yom Kippour), jour de réconciliation avec Dieu pour tout le peuple. La seconde lecture rappelle à chacun son devoir de sainteté. C’est le code de sainteté de Lévitique 19 : Vous serez saints, car moi, le Seigneur, votre Dieu, je suis saint. La parasha se poursuit sur le thème du salaire du péché.

L’évangile propose pour l’occasion trois récits : celui du paralytique de Capharnaüm (Mc 2. 1-12), qui donne lieu à une controverse au sujet du pouvoir de Jésus de pardonner les péchés, et ceux de la vocation du publicain Lévi et de la communauté de table de Jésus avec les pécheurs (ibid. v. 13-17). Ces récits relèvent à l’évidence des parashiyôt : le premier, pour Acharè môt, et les deux autres pour Qédochim. Nous les traiterons séparément pour mettre en évidence les correspondances thématiques entre Torah et Évangile.

Quelques jours après, il revint à Capharnaüm. On apprit qu’il était à la maison, et il se rassembla un si grand nombre de gens qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. Il leur disait la Parole.

Quelques jours après… L’évangéliste fait une liaison avec la dernière bouchée de texte apprise par ses élèves : Mais lui (le lépreux que Jésus a guéri), une fois parti, se mit à proclamer la chose haut et fort et à répandre la parole, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville. Il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et on venait à lui de toutes parts. Un texte que nous avons commenté en ces mots : « Or Jésus prend sur lui-même l’état d’exclusion du lépreux pour prix de sa guérison. Il prend sa faute et la porte, comme il le fait pour chaque personne qui se tourne vers lui et met sa foi en lui. » En effet, Jésus était exclu de la ville (comme du camp) et confiné aux lieux déserts, comme le lépreux l’était avant sa guérison, ce qui évoque une prise en charge de sa faute et, conséquemment, un pardon du péché. En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’était chargé ; et nous, nous le pensions atteint d’un fléau, frappé par Dieu et affligé. (Es 53.4)

Marc 2. 1-12 sera donc consacré au thème du pardon des péchés. La liaison est plus thématique que chronologique. Celui qui « ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville » est de retour à

Capharnaüm « quelques jours après ». Au plan narratif, c’est inconsistant. Mais il faut garder à l’esprit que ces récits forment une collection de leçons sur la vie chrétienne enfilées l’une derrière l’autre comme les perles d’un collier au fil des lectures de la Torah de la communauté qu’on cherchait à atteindre. La préoccupation de l’évangéliste est essentiellement pédagogique – même s’il a pu inscrire son récit dans un cadre chronologique plus général.

il revint à Capharnaüm. Au chapitre premier, Jésus quittait Capharnaüm au petit matin, sans avertir, laissant derrière lui une population enthousiaste qui se rassemblait devant sa porte avec ses malades et ses démoniaques, en quête de guérison. Jésus est devenu populaire du jour au lendemain à Capharnaüm.

Qui est à la maison ?

On apprit qu’il était à la maison, et il se rassembla un si grand nombre de gens qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. La maison doit être celle de Simon, où Jésus logeait. Mais l’évangéliste ne le précise pas, comme il l’avait fait en 1.29. Cela lui permettra de jouer sur le sens du mot, en lien avec le rituel de Kippour. À cette occasion, les Israélites se rassemblaient devant les portes de la maison de Dieu, pour recevoir le pardon de leurs fautes (ou dans les synagogues pour ceux qui étaient au loin). Tous ces gens s’amassent autour de Jésus de Nazareth, qui a pouvoir d’enseigner, de libérer et de guérir, afin d’y recevoir une grâce. Mais il y a un problème : il n’y a plus de place. La foule est si compacte qu’il n’y a pas moyen de se faufiler, même devant la porte. Le Jour de l’Expiation, les portes du Temple étaient ouvertes jusqu’à la clôture de la cérémonie. L’ouverture des portes signifiait que le repentir était encore possible, et la grâce du pardon toujours offerte. Leur fermeture, que le délai était passé, les sorts jetés, et qu’il faudra attendre toute une année avant que cette grâce ne soit offerte à nouveau. Le fait qu’il n’y ait plus de place autour de Jésus, même devant la porte, pose la question de l’accessibilité de la grâce. Est-il toujours possible d’accéder à Jésus et à sa grâce ?

Il leur disait la Parole. Jésus priorise l’annonce du règne de Dieu. L’enthousiasme des foules pour ses dons de guérisseur ne le distrait pas de sa mission de héraut de l’Évangile de Dieu : Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle (Mc 1.15). C’est l’appel à la techouva, la repentance, le changement radical, si négligé de nos jours.

L'audace de la foi (suite)