PARASHA CHÉMINI (Lv 9.1 – 11.47)

Haftarah : 2S 6.1 et suiv. : Tentative de transfert du Coffre de l’Alliance à Jérusalem ; incident d’Ouzza ; reprise du transfert « dans les règles » et dans la joie ; annonce faite à David.

Haftarah qaraïte : Ez 43.27 – 44.16 :

Lorsque ces jours seront achevés, à partir du huitième jour, les prêtres offriront sur l’autel vos holocaustes et vos sacrifices de paix, et je vous accueillerai favorablement – déclaration du Seigneur DIEU. (43.27)

Il est reproché à la maison d’Israël d’avoir profané le sanctuaire du Seigneur : « Vous avez introduit dans mon sanctuaire des étrangers (benei-nékar) incirconcis de cœur et incirconcis de chair, pour profaner ma maison. » (44.7)

Ensuite, les lévites fautifs seront mis en discipline et les prêtres-lévites restés fidèles, récompensés (44.10 et suiv.).

Crochets verbaux avec la lecture de la Torah : le huitième jour ; la gloire du Seigneur (Lv 9.6 ; Ez 44.4) ; étranger (nékar) avec feu étranger (tzor) ?

Le Cycle Triennal palestinien a la même haftarah pour le séder de Lv 9.1, avec saut des versets 44.5 et suiv. (pour omettre un passage de dénonciation). Reprise en 44. 28-30. Nous suivrons toutefois l’usage qaraïte qui ne saute pas le passage.

Psaume 67 (rite qaraïte) : un chant d’action de grâce pour la bénédiction de Dieu : « La terre donne ses produits ; Dieu, notre Dieu, nous bénit, et toutes les extrémités de la terre le craignent. » (v. 7-8)

Lecture de l’Évangile : Marc 1. 16-20
Appels des premiers disciples

Quand ces textes étaient-ils chantés dans le calendrier de Marc ? – les 27 et 28 Nisân

Le 26 Nisân, les Juifs esséniens offraient à Dieu les premiers fruits de la moisson. La première gerbe était remise à un prêtre, qui l’offrait à Dieu, un rite qui marquait le début de la moisson et celui du compte des jours séparant la Pâque (Pèssah) de la fête des Semaines (Chavouôt). Tout juste le lendemain, les élèves de Marc entamaient le chant des premiers appels (Mc 1.16 et suiv.). L’appel des premiers disciples est ainsi comparé à l’offrande de la première gerbe (bikkourim). Or dans le Nouveau Testament, cette offrande des prémices est associée aux personnes consacrées à Dieu, premiers fruits de la moisson des croyants (1Co 15. 20-22 ; Jc 1.18 ; Ap 14. 4, 5, 14-16). Dans la pensée juive, les prémices sont données pour le tout et consacrent le tout (cf. Rm 11. 16-18). Ces quatre vocations apparaissent ainsi comme un exemple, un modèle de toutes les vocations.

Lors de notre étude de la parasha Tsaw, nous avons fait un rapprochement entre la figure d’Aaron et celle de Jésus. Comme Aaron a été consacré à la prêtrise en passant par un bain de purification, ainsi l’a été Jésus dans les eaux du Jourdain. Pour les judéochrétiens, Jésus est le grand prêtre par excellence (Hé 3.1 ; 9. 11-12). Dans Lévitique 9, Aaron réalise son premier service sacerdotal avec ses quatre fils. Jésus, le grand prêtre des temps nouveaux, appelle quatre hommes pour en faire ses disciples :

En passant au bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient leurs filets dans la mer – car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent.

En allant un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient aussi dans leur bateau, à réparer les filets. Aussitôt il les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans le bateau avec les employés, et ils s’en allèrent à sa suite.

La première caractéristique de ce récit est assurément sa brièveté. Jésus appelle des hommes, ils quittent tout et le suivent immédiatement. L’évangéliste ne dit rien du contexte de ces appels (Connaissaient-ils déjà Jésus ? Avaient-ils déjà entendu son message ?) ni de ce qu’ils provoquent dans le cœur de ces hommes. Quel contraste avec la manière dont Luc nous raconte l’appel des mêmes disciples (Lc 5. 1-11) ! Marc ne raconte pas, il représente. Ces appels sont schématisés à l’extrême de façon à représenter tous les appels. Comme la première gerbe d’orge qui est offerte à Dieu doit représenter toute la moisson.

Qu’est-ce qu’un appel, une vocation ? C’est une notion qui s’est grandement perdue du fait, peut-être, que les chrétiens sont très centrés sur leur propre besoin de salut et leur recherche de bonheur. Pourtant toute l’histoire du salut dans la Bible est ponctuée de récits d’appels. Appels d’Abraham, de Moïse, de Samuel, d’Élisée, d’Ésaïe, de Jérémie, pour ne nommer que ceux-là. La vie chrétienne elle-même commence pour chacun par un appel, qui culmine vers la gloire :

Et ceux qu’il a destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. (Rm 8.30)

Pouvons-nous sauter la dimension de l’appel pour passer directement à la justification et à la gloire ? Lorsque Dieu appelle une personne, c’est pour lui confier une mission, une œuvre à réaliser en ce monde, et pour laquelle il le rend compétent par l’action de son Esprit.

En quoi ces appels sont-ils représentatifs de tous les autres ? Quelles en sont les caractéristiques ?

Premièrement Jésus voit Simon et André, comme il voit Jacques et Jean. En théologie chrétienne, on parle de la préscience de Dieu (il nous a connu d’avance) ou de son élection (il nous a choisis). Ensuite il les appelle à la vie de disciples : « Venez à ma suite ! » Ils sont appelés selon son projet (Rm 8.28), c’est-à-dire à participer à ce que Dieu fait dans le monde. Cela s’exprime dans cette parole : « je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Ils sont ainsi choisis et appelés pour remplir une mission, accomplir une tâche spécifique.
Quel sera l’appel de Simon et André, Jacques et Jean ? Il consistera à annoncer l’Évangile de Dieu et à édifier la Communauté de ceux qui reçoivent le règne de Dieu qui s’est approché. Le peuple qui sera, tout au long de son parcours, un signe de la venue de ce règne. La finalité de tout cela en est donnée dans le Psaume 67.3 : « Afin que l’on connaisse ta voie sur la terre, ton salut parmi toutes les nations ! » Ils annonceront l’Évangile de Dieu à toute l’humanité.

Un même appel, des activités différentes

En portant attention au récit des appels dans Marc, on peut relever des différences entre l’appel de Simon et André et celui de Jacques et Jean.

1) Même si tous sont pêcheurs, ils ne font pas la même action lorsqu’ils sont appelés. Simon et André jettent leurs filets à l’eau. Il s’agit vraisemblablement du filet circulaire qu’on lançait à l’eau, de l’épervier, comme on le voit sur la photo. C’est un type de pêche qui permet de prendre une petite quantité de poissons à la fois. Jacques et Jean sont dans leur bateau, occupés à réparer les filets en compagnie de leur père et ses employés. C’est une entreprise de pêche plus ambitieuse, avec une embarcation plus grande et de grands filets.

2) Simon et André laissent leurs filets pour suivre Jésus, alors que Jacques et Jean laissent leur père et leurs compagnons de travail. Les premiers laissent une activité, les seconds une communauté.

3) Jésus donne à Simon et André une idée de leur future activité pour le règne de Dieu : « Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Mais aucune parole n’est donnée pour l’appel de Jacques et Jean. On peut présumer, bien sûr, qu’ils auront la même vocation, celle de rassembler un peuple pour Dieu.

Toutefois, puisque Jésus établit une relation entre l’activité de Simon et André à l’instant où il les appelle et leur activité future, on peut supposer une semblable relation entre l’activité de Jacques et Jean et leur rôle dans la constitution d’un peuple pour Dieu. Nous entrons dans les circuits multiples de l’interprétation et nous sommes bien conscient de l’investissement personnel que nous y mettons. Ces deux appels pourraient représenter deux aspects vitaux du ministère chrétien. Le premier, représenté par le lanceur de filets, consiste à proclamer l’Évangile pour donner à tous l’occasion de la foi. C’est le ministère d’évangéliste. Il consiste à communiquer l’Évangile à ceux et celles qui ne sont pas encore croyants. Le second, représenté par le réparateur de filets, consiste à prendre soin de la communauté croyante, pour qu’elle soit un lieu de purification, de croissance, d’amour et de joie. C’est le ministère pastoral. Il consiste à assurer la continuité de la foi dans sa dimension communautaire.

La relation entre les deux ministères saute aux yeux. Il ne sert à rien de conduire des gens à la foi si la communauté chrétienne ne fonctionne pas et ne soutient pas la croissance de ses membres. Le lanceur de filets a beau être excellent, les poissons s’échapperont à travers les mailles d’un filet endommagé. L’Église a besoin de gens dotés de patience et de délicatesse pour la réparation de ses filets. Et elle stagne, elle s’étiole, sans l’apport des gens audacieux qui annoncent l’Évangile à ceux et celles qui ne l’ont pas encore entendu, et qui accompagnent les jeunes croyants dans leurs premiers pas.

Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ? En fait, Dieu a placé chacune des parties dans le corps comme il l’a voulu. Si tous étaient une seule partie, où serait le corps ? (1Co 12. 17-19)

Il est important de réaliser que le règne de Dieu se déploie et progresse au moyen d’une diversité de ministères. Il n’est pas bon d’insister uniquement sur un type de ministère, comme celui d’évangéliste. C’est, implicitement, minimiser l’importance des ministères de services de l’Église. Certaines personnes ont un élan et un don pour l’évangélisation, d’autres ne les ont pas. Ils ne devraient pas se tracasser pour cela. Ils peuvent exceller dans l’enseignement, ou le chant d’adoration, ou la relation d’aide, ou la gestion, ou la bienfaisance, etc.

Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu de la grâce ; vous serez ainsi de bons inten-dants de la grâce si diverse de Dieu. Si quelqu’un parle, qu’il parle de façon à communiquer les paroles de Dieu ; si quelqu’un sert, qu’il serve par la force que Dieu lui accorde, afin qu’en tout Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, à qui sont la gloire et le pouvoir à tout jamais. Amen ! (1P 4. 10-11)

Lecture de la Torah