Marc–Vayi-qra

INTRODUCTION À L’ÉVANGILE DE MARC

Une introduction à la première section de Marc (1.1 à 3.30) qui correspond au printemps, temps des moissons dans le calendrier d’Israël, et au livre du Lévitique (Vayi-qra), pivot de la Torah (l’Enseignement).

Marc-Exode (14.10 à 16.20) était consacré à la proclamation du salut accompli par Jésus, le Serviteur de Yahvé (Es 52.13 – 53.12) : c’est le récit de sa passion, de la trahison de Judas à l’annonce de la résurrec-tion. Le livre de l’Exode raconte la libération de l’esclavage des enfants d’Israël et leur établissement comme peuple de Dieu. Jésus en est l’accomplissement. Le salut se comprend comme une libération (du péché et de la vaine manière de vivre) en vue d’une mission, d’un service dans le monde :

Vous êtes une lignée choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis, pour que vous annonciez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à son étonnante lumière. (1 P 2.9)

À ce propos, un évangile qui serait axé seulement sur le salut de l’âme, la condition d’admission au ciel et le jugement dernier, serait un évangile dilué, tronqué, amputé de sa substance. Le cœur de l’Évangile, c’est la constitution d’un peuple nouveau devant exercer un sacerdoce dans le monde. Ce n’est pas une nouveauté. Depuis le commencement, Dieu appelle un homme, puis un peuple, pour les faire participer à une œuvre de salut qui dépasse infiniment l’horizon de cet homme et de ce peuple :

Tous les clans de la terre se bénirons par toi (be-kha). (Gn 12.3) ; LXX : « … en toi seront bénies toutes les tribus de la terre. »

Maintenant si vous m’écoutez et si vous gardez mon alliance, vous serez mon bien propre parmi tous les peuples […] vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. Voilà ce que tu diras aux Israélites. (Ex 19. 5-6)

Marc-Genèse (10.1 à 14.9) était consacré à la personne de Jésus comme Messager, Prophète de Dieu (Dt 18.15). Sa parole réaffirme la volonté originelle de Dieu, questionne les idées reçues, remet en cause les fondations du judaïsme, ou prononce un jugement irrévocable sur les chefs du peuple qui ont profané leur vocation. Le livre de la Genèse, c’est l’appel d’Abraham et les fondations du peuple de Dieu.

Au rythme des lectures de la Genèse et de l’Exode, l’évangéliste présentait Jésus aussi bien comme Prophète (Dt 18) que Serviteur de Yahvé, le Messie-prêtre (ben-Aaron) réconciliant Dieu et son peuple (Es 53.5), et une multitude d’hommes (ibid. v. 11) :

En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous, nous le pensions atteint d’un fléau, frappé par Dieu et affligé. Or il était transpercé à cause de nos transgressions, écrasé à cause de nos fautes ; la correction qui nous vaut la paix est tombée sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris. (Es 53. 4-5)

L’aboutissement logique de ce portrait de Jésus est d’affirmer qu’il est le Messie espéré par Israël. On trouve cette affirmation à la première ligne de la section de Marc qui correspond au Lévitique :

Commencement de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu. (Mc 1.1)

Christ, mot grec, traduit l’hébreu mashiah (qui a donné le mot messie). Il signifie « oint ». Le mashiah, c’est celui qui a reçu l’onction d’huile qui le désigne comme élu et l’investit dans une fonction sacrée.

Hébreu : Tehillat besorah Yeshoua haMashiah [bèn Elohîm]

L’expression « fils de Dieu » est absente de certains manuscrits. Mais il s’agit toujours d’un titre, d’une position messianique décrétée par Dieu, comme il est dit :

Je vais proclamer le décret du Seigneur ; il m’a dit : Tu es mon fils ! C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui. Demande-moi et je te donnerai les nations comme patrimoine, comme propriété les extrémités de la terre… (Ps 2. 7-8)

Mais par quoi commence l’Évangile ? On peut poser cette question de façon plus personnelle : Comment l’Évangile a-t-il commencé pour vous ? Quel a été le moment décisif ?

Je ne peux répondre que pour moi-même. L’Évangile a commencé pour moi lorsqu’il m’a été adressé comme un appel auquel il me fallait répondre d’une manière ou d’une autre. Il a été pour moi une bonne nouvelle – la meilleure de toutes les nouvelles – lorsque je me suis sérieusement remis en question et que j’ai confessé à Dieu mon besoin désespéré de Lui, de son secours. Et Dieu a répondu à cette prière sans délai en me remplissant de sa présence, comme s’il attendait mon retour depuis une éternité !

Est-il surprenant que l’évangile de Marc commence par la proclamation de Jean, celui qui proclame une immersion de repentance (métanoïa, techouva) en vue du pardon des péchés ? (Mc 1.4) Jean ne tenait pas des meetings dans le désert pour y prêcher, comme le laissaient entendre les anciennes traductions. Il proclamait, criait, appelait (kérussô, qara). L’appel à la remise en question et au changement est fort et pressant ! C’est le moment décisif de la décision ! Quelle réponse devons-nous donner à cette annonce de Jésus comme Prophète et Messie-prêtre de Dieu ? Que devons-nous faire ?

C’est la question qui a surgi spontanément du cœur des premiers auditeurs de Pierre, au début du livre des Actes :

Après avoir entendu cela, ils eurent le cœur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Frères, que devons-nous faire ? (Ac 2.37)

Et qu’a répondu Pierre ?

Chouvou ! Revenez (à Dieu) ; que chacun de vous soit immergé au nom de Jésus-Christ (le Messie) pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don de l’Esprit saint. (ibid. 2.38)

Pour un Juif, la techouva (repentance) consiste à revenir à l’état et la position que Dieu a prévu pour lui dans l’alliance. Il réalise qu’il s’en est éloigné, qu’il s’est égaré sur de mauvais chemins, et il choisit de revenir à ce qu’il n’aurait jamais dû quitter, comme le fils prodigue revient chez lui, à sa position de fils et à l’amour d’un Père qu’il a offensé.

Saisissons-nous la force de cette approche ? À quel point elle est pertinente et bien arrimée à la réalité des Juifs du premier siècle ?

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