Lecture de l’Évangile :

Au matin, alors qu’il faisait encore très sombre, il se leva et sortit pour aller dans un lieu désert où il se mit à prier. Simon et ceux qui étaient avec lui s’empressèrent de le rechercher. Quand ils l’eurent trouvé, ils lui dirent : Tous te cherchent.

Dans notre Introduction à l’évangile de Marc, nous avons proposé que les leçons de l’évangile arrimées aux livres du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome étaient réservées au nouveaux croyants du judaïsme, c’est-à-dire réservées à ceux et celles qui avaient fait leur techouva (repentance) et reçu Iéshoua HaNotzri (Jésus de Nazareth) comme Maître et Sauveur. Il faudrait donc voir ces leçons comme un parcours d’initiation à l’enseignement de Iéshoua. Puisque Iéshoua est le Messie promis par les prophètes, c’est lui qu’il faut désormais écouter, observer et imiter, pour savoir comment il convient d’observer la Torah. Il détient l’autorité finale en la matière.

Nous rappelons ce contexte pédagogique, car nous estimons qu’il a des implications pour l’interprétation de ce texte.

Faux bond

Au réveil, Simon et les autres découvrent que Jésus n’est plus là. Mystère. Considérant tout ce qui s’est passé la veille, il n’est pas difficile d’imaginer la situation. Les gens se massent déjà devant la porte en quête du guérisseur, et ses disciples ignorent où il se trouve. Assez embarassant.

C’est qu’il est sorti très tôt, alors qu’il faisait encore très sombre et que tous dormaient encore. Et pourquoi ? Pour aller dans un lieu désert et d’y prier. Simon et les autres se lancent aussitôt à sa recherche et… finissent par le trouver à l’écart de la ville. Leur étonnement est facile à comprendre. Ils lui disent « Tous te cherchent ». Autrement dit : « Que fais-tu là, alors qu’on te réclame à Capharnaüm ? » Ce qui laisse supposer que la demande ou le besoin d’une communauté (ici, les gens de Capharnaüm) devrait décider de l’agenda du Messie. Le besoin commande ! Cette communauté pourrait se l’accaparer du seul fait qu’elle a besoin de lui, qu’elle le cherche.

Où est allé ton bien-aimé ?
Dis-le nous, toi la plus belle des femmes !
Par où ton bien-aimé est-il parti,
que nous le cherchions avec toi ?
(Cantique, 6.1)

Il leur répond : Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que là aussi je proclame le message ; car c’est pour cela que je suis sorti.

La réponse de Jésus sera de première importance pour ses disciples. Notons encore l’usage du présent, qui invite à l’actualisation. Le programme est changé : au lieu de rester dans cette communauté, au lieu de s’y fixer, de s’y établir, les disciples se rendront dans les bourgades de Galilée, afin que là aussi le message y soit proclamé. Jésus veut que ses disciples élargissent leur champ missionnaire, juste au moment où ils connaissent le succès à Capharnaüm. Les bourgades (kômopoleis), grec kômè, hébreu kaphar :

Viens, mon bien aimé, sortons dans les champs, passons les nuits dans les villages (ba-kepharim). (Ibid. 7.12)

Agrandis l’espace de ta tente

Cet élargissement n’est pas un fruit de la chair ou un accident de l’histoire. C’est la décision résolue du Messie, fruit de sa prière. Le disciple, qui observe son Maître en toute chose, doit tirer leçon de cela. Jésus dit : « c’est pour cela que le suis sorti ». Le verbe sortir est un mot clé. Dans la parasha Métsorâ, il est dit : « Le prêtre sortira (yatsa’) du camp ». Les règles s’appliquant au camp d’Israël dans la Torah devront s’appliquer aux villes israélites, diront les Esséniens. Si Jésus sort de la ville, c’est pour aller à la rencontre des « autres », des exclus, comme du lépreux. S’il restait dans le camp, il se rendrait inaccessible à bien des hommes, et aux plus malheureux parmi eux. Le disciple écoute et il apprend.

Suite du commentaire pour Métsorâ

Groupe de lépreux dans la vieille ville de Jérusalem

Parasha Métsorâ :

Le SEIGNEUR dit à Moïse : Voici quelle sera la loi concernant le lépreux, le jour de sa purification. On l’amènera au prêtre. Le prêtre sortira du camp. Si le prêtre voit que le lépreux est guéri du fléau de la lèpre, le prêtre ordonnera qu’on prenne, pour celui qui doit être purifié, deux oiseaux purs vivants, du bois de cèdre, de l’écarlate et de l’hysope. Le prêtre ordonnera qu’on immole le premier oiseau sur un récipient de terre, au-dessus d’une eau vive. Quant à l’oiseau vivant, il le prendra, avec le bois de cèdre, l’écarlate et l’hysope ; il les trempera, avec l’oiseau vivant, dans le sang de l’oiseau immolé au-dessus de l’eau vive. Il en fera sept fois l’aspersion sur celui qui se purifie de la lèpre. Puis il le déclarera pur et lâchera l’oiseau vivant dans la campagne. (Lv 14. 1-7)

La procédure de s’arrête pas là. Bien que déclaré pur une première fois par le prêtre, l’individu doit encore se soumettre à une série de mesures avant de pouvoir reprendre sa place dans la communauté. Il doit d’abord laver ses vêtements, se raser soigneusement, et baigner tout son corps. Àprès quoi il pourra rentrer dans le camp d’Israël, mais pas encore dans sa demeure. Il devra passer sept jours en dehors de sa tente (en toute vraisemblance, pour que les Israélites puissent l’examiner à leur guise et se convaincre qu’il n’est plus lépreux). Le septième jour, nouvelle toilette complète. Le huitième jour, il doit prendre avec lui deux moutons sans défaut et une agnelle d’un an sans défaut (un seul mouton s’il est pauvre), une offande végétale et de l’huile, et se présenter à nouveau devant le prêtre, qui fera sur lui l’expiation… et il sera déclaré pur au regard de la Torah.

Quelques observations :

1) La Torah est seulement concernée par la purification du lépreux qui, en vertu de sa maladie, est rituellement impur. Elle n’est pas concernée par les soins à lui prodiguer en vue de sa guérison. La lèpre est tenue pour incurable (à cette époque). Il n’y a que l’Éternel qui puisse guérir une personne de la lèpre.

2) Le prêtre sortira du camp. Le lépreux est exclu de la cité des hommes – il vit à l’écart, dans les lieux déserts ou dans les villages qui leurs sont réservés. C’est pourquoi le prêtre doit sortir du camp, de la cité, pour procéder à son examen. S’il était en contact avec la communauté, il la profanerait. Toucher un lépreux rend rituellement impur.

3) Le lépreux n’est pas pur du fait d’être guéri ou de se croire guéri. Il faut qu’un prêtre le déclare pur après l’avoir examiné et avoir satisfait aux exigences de la Loi pour sa purification. C’est une question religieuse et non seulement une question de santé.

4) La purification du lépreux suivra encore le schéma de sept jours d’attente, et d’un huitième jour réservé aux sacrifices d’expiation. Dans la Torah, la consécration définitive a toujours lieu au huitième jour.