La pratique de la sainteté en Israël au temps de Jésus
Source : Geza VERMES, The Complete Dead Sea Scrolls in English, Allen Lane, The Pinguin Press, 1962

La sainteté pharisienne

Dans la Torah, faire partie du peuple élu, c’est prendre part à l’Alliance. La nation d’Israël a accepté de bon gré la Loi qui lui a été donnée au mont Sinaï, et l’Éternel s’est lié a cette nation et l’a reconnue pour son bien propre :

Maintenant, si vous m’écoutez et si vous gardez mon alliance, vous serez mon bien propre parmi tous les peuples – car toute la terre m’appartient. Quant à vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. (Ex 19. 5-6)

« En principe, il n’y a pas de distinction entre l’élection de jure et l’élection de facto : chaque Israélite est choisi. Mais déjà dans les temps bibliques, un profond fossé apparaît de fait séparant les vrais observateurs de l’Alliance des iniques d’Israël. Sans être dépossédés de leur droit de naissance, ces impies étaient vus comme chargés de culpabilité, comme s’ils étaient exclus, provisoirement du moins, de la congrégation des enfants de Dieu. Cette compréhension est développée dans le Talmud de Jérusalem, par le Rabbi galiléen Lazare (IIIe siècle). Commentant le Deutéronome, chapitre 7, verset 6, il affirme : “Quand les Israélites font la volonté du Saint, béni soit-Il, ils sont appelés fils ; mais quand ils ne font pas Sa volonté, ils ne sont pas appelés fils” (Qédochim 61c)1. »

Pour cet héritier de la tradition pharisienne, la citoyenneté spirituelle d’un Juif dépend de son observance de la Loi. La communauté sainte est donc une communauté d’observants. C’est la mentalité qui prévalait chez les pharisiens et les scribes des évangiles. Ils évitaient les relations avec les Juifs à la moralité équivoque (cf. Mc 2.16 ; Lc 7.39 ; 15.2) et se plaisaient de la compagnie des « justes », c’est-à-dire de ceux et celles qui s’appliquaient à observer les lois juives (cf. Lc 10.29). Une mentalité qui, du reste, était partagée par tous les Juifs pieux (Lc 19.7). Leur insistance sur les ablutions rituelles – qui étaient censées leur procurer la pureté – justifiait qu’ils se tiennent à l’écart de tous ceux qui ne se soumettaient pas à ces rites (cf. Mt 15.1 ; Mc 7.5). Certains ne cachaient pas leur mépris du petit peuple en raison de son ignorance de la Loi (Jn 7.49 ; 9.34). Ces attitudes ségrégationnistes faisaient en sorte qu’ils « fermaient aux hommes le royaume des cieux » (Mt 23.13) en les privant de « la clef de la connaissance » (Lc 11.52).

La sainteté essénienne

« Pour les Esséniens, la notion pharisienne était encore trop élastique. En accord avec leur approche des questions légales, leur croyance en regard de l’Alliance était que seuls les initiés de leur propre “Nouvelle Alliance” devaient être comptés parmi les élus de Dieu. Ils insistaient davantage sur l’élection individuelle de chaque sectaire. Un Essénien devenait membre de son parti religieux en vertu de son engagement personnel et responsable. Pour cette raison chaque enfant né de membres mariés et mené à l’âge scolaire devait attendre jusqu’à son vingtième anniversaire avant de pouvoir prononcer les vœux solennels de l’entrée dans l’Alliance. Bien qu’elle releva d’un engagement volontaire, ils n’en considéraient pas moins leur adhésion à la Communauté sainte comme un effet de la grâce de Dieu, comme ayant été planifiée pour chacun d’eux dans le ciel de toute éternité. Ils avaient été guidés par l’esprit de vérité dans les voies de la lumière, alors que le reste des hommes, Juifs aussi bien que Gentils, étaient réduits à errer dans les sentiers enténébrés (cf. 1QS III,13 – VI,1). Une telle conviction, avec ses théories d’élection individuelle et de prédestination, jumelée à une connaissance précise des frontières départageant le vrai du faux, peut facilement conduire à l’auto-justification et à une intolérance arrogante des masses perçue comme devant être rejetées par Dieu. Les Esséniens semblent toutefois s’être intéressés davantage à la bénédiction des élus qu’à la damnation des non-prédestinés. Par ailleurs, ils pouvaient toujours répliquer que les Juifs qui refusaient de se repentir et préféraient demeurer à l’extérieur de la Nouvelle Alliance étaient responsables de leur sort2. »

1. Op. cit. Geza Vermes
2. Op. cit. Geza Vermes

Lecture des Prophètes

La sainteté ne consiste pas à se séparer de la société pour vivre dans un désert comme un ermite. Il faut plutôt se mêler aux hommes, leur exprimer amour et affection, et leur enseigner la connaissance de la Torah et les voies qui mènent à Dieu. C’est la sainteté que Dieu désire, celle qui n’exclut pas la société des hommes.  

Rabbènou Bahya ibn Paqûda