Commentaire de l’évangile : 

La portion l’évangile arrimée à la parasha Qédochim est Marc 2. 13-17. Le texte est court, en raison du regroupement des parashiyôt Acharè môt et Qédochim pour un même sabbat. Mais cela ne diminue en rien l’importance de cette proclamation de l’évangile. Il s’agit de l’appel de Lévi, le collecteur de taxes, et de la communauté de table de Jésus avec les « pécheurs ». Le tout s’apprenait en deux bouchées, les 14 et 15 Iyyar, suivant notre calendrier, l’épisode de la communauté de table étant appris le 15 (cf. L’Évangile dans le calendrier, p. 161-162).

Le 15 Iyyar, c’est le jour de la seconde Pâque (Pèssah Shéni), une Pâque de réserve instituée par Moïse pour permettre à ceux et celles qui s’étaient trouvés en état d’impureté rituelle à la Pâque de Nisân de se reprendre le mois suivant et célébrer la fête (Nb 9. 6-11). Cela jette un nouvel éclairage sur cet épisode de l’Évangile. Jésus célèbre, en quelque sorte, la fête avec des gens que les religieux tiennent pour « impurs » et prennent soin d’éviter. Comme si l’évangéliste voulait signifier à ses élèves que ceux-là aussi sont des fils et des filles d’Israël qu’il convient de rencontrer et d’exhorter à la sainteté.

Mais le 15 Iyyar correspond aussi à l’entrée d’Israël dans le désert de Sîn (Ex 16. 1, 2) qui fut le théâtre des premiers murmures de la communauté contre Moïse et Aaron. Dans l’évangile, la communauté de table de Jésus avec les pécheurs suscite les murmures des spécialistes de la loi, qui n’adressent pas leur critique directement à Jésus, mais à ses disciples.

Il sortit encore du côté de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les instruisait. (Mc 2.13)

L’arrimage Torah-évangile nous indique d’emblée un thème : la pratique de la sainteté. Cette indication est de première utilité pour l’interprétation de notre texte. Pouvoir identifier le thème traité, c’est pouvoir dire quelque chose de l’intention de l’auteur, et savoir quelque chose de cette intention, c’est pénétrer plus en profondeur le sens de son texte. Notre auteur veut parler de la pratique de la sainteté de Iéschoua le Messie. En l’ayant à l’esprit, on peut s’engager tout de suite sur la bonne piste.

Il sortit (exêlthen), même mot qu’en 1.35. Dans notre commentaire de Métsorâ, nous avons noté que la première sortie de Jésus de Capharnaüm lui avait permis de répandre le message dans les bourgades de la Galilée qui n’auraient, autrement, pas été exposées à l’Évangile. C’est à cette occasion que le lépreux avait été rencontré et guéri. On peut donc s’attendre à ce que Jésus, avec cette nouvelle « sortie de zone », s’en aille proclamer une fois de plus l’Évangile à ceux et celles qui sont oubliés, sinon volontairement écartés de la bonne société d’Israël. Et ils étaient nombreux.

Il sortit encore du côté de la mer. Référence est faite au récit des premiers appels dans 1.16 et suiv. : En passant au bord de la mer de Galilée, etc. On peut s’attendre également à un récit de vocation du même type que le premier.

Toute la foule venait à lui et il les instruisait. Lévitique 19.1 dit : Parle à toute la communauté des Israélites… Pourquoi la Torah prescrit-elle de rassembler toute la communauté pour cette instruction ? Il y a sûrement plus d’une façon d’y répondre. Mais il est clair que le Dieu d’Israël désire que tout son peuple soit encouragé à la sainteté. Car la sainteté ne devrait pas être l’affaire d’une élite de pieux au milieu d’un peuple ignorant et peu concerné par son idéal. Le texte dit bien que Jésus les instruit (didasko). En plein accord avec la Torah, Jésus s’adresse à toute la communauté pour lui rappeler son devoir de sainteté.

Toute la foule venait à lui… Aucune convocation n’est plus nécessaire. Les gens se rassemblent spontanément autour de lui. Comme s’ils savaient, intuitivement, se rendre à l’unique source pouvant l’étancher leur soif de la Parole de vie.

En passant, il vit Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des taxes. (v. 14)

En passant, cf. 1.16. Où trouvait-on les collecteurs de taxes dans la Palestine de l’époque ? Un peu partout, à la croisée des routes, au passage d’un pont, aux portes d’une ville. Il s’agit vraisemblablement d’un poste de douane où l’on exigeait la perception d’un portorium sur les transports de marchandises. Ce Lévi, assis au bureau des taxes, ne devait pas être un personnage important, mais un simple sous-traitant, un officier subalterne, et non un « chef des péagers » comme le Zachée de Luc 19.

Il vit Lévi, (fils) d’Alphée. Cf. 1. 16, 19 : Jésus voit toujours le futur disciple, une tournure conventionnelle qui souligne que l’initiative est toujours du côté du Maître. De la même manière Dieu voit, ou connaît d’avance, et en conséquence il appelle : Car ceux qu’il a connu d’avance, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils… Et ceux qu’il a destinés d’avance, il les a aussi appelés… (Rm 8. 29-30).

Cette insistance doit nous signaler que l’entrée dans la vie nouvelle de disciple de Jésus n’est possible qu’en vertu de l’action de Dieu en notre faveur. C’est lui qui initie la relation, comme c’est lui qui mène cette relation à son plein accomplissement.

Il lui dit : Suis-moi. Celui-ci se leva et le suivit. (v. 14)

Il lui dit : Suis-moi, cf. 1.17. Cet appel, très succinct et formel, est en tout point semblable aux premiers. Le Maître voit, il appelle, et l’appelé laisse tout pour le suivre. Aucun dialogue, aucun débat, aucune hésitation. Ce n’est pas la circonstance ou le vécu de l’appelé qui retient l’attention de l’évangéliste, mais le simple fait que Jésus ait appelé ce collecteur de taxes et qu’il ait quitté son boulot pour le suivre. Lévi était assis (au bureau de douane) et, à l’appel de Jésus, il se leva et le suivit. Les mots sont choisis avec soin. L’homme se redresse et se remet en marche. Spirituellement, il reprend vie. Lévi ne reviendra pas en arrière ; il ne regrettera rien. Son nom signifie « Attaché ». Il s’attachera désormais au Maître des maîtres, qui en fera le rédacteur du premier évangile - d’après la tradition des Pères. En effet, dans le récit parallèle de l’évangile de Matthieu, le même Lévi est appelé Matthieu, Matyah, qui signifie ‘Don de Yahvé’. Celui qui prélevait des taxes deviendra lui-même don de Dieu pour son Église et pour tous les hommes.

Comme il était à table chez lui, beaucoup de collecteurs de taxes et de pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. (v. 15)

Comme il était à table chez lui… On comprend habituellement chez Lévi. Lc 5.29 : Lévi donna un grand banquet chez lui ; il y avait une grande foule de collecteurs de taxes et d’autres personnes à table avec eux.

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