PARASHA TSAW (Lv 6.1 – 8.36)

Le SEIGNEUR dit à Moïse : Ordonne à Aaron et à ses fils : Voici la loi concernant l’holocauste. (Lv 6.1)

La parasha Vayi-qra commençait par ces mots : « Le SEIGNEUR appela Moïse ; depuis la tente de la rencontre, il lui dit : Parle aux Israélites, tu leur diras : Lorsque l’un de vous offre une bête en présent au SEIGNEUR, etc. » Elle était jumelée à Marc 1. 1-8 : L’appel à la repentance lancé par Jean le Baptiste, le messager de Yahvé, la voix qui crie dans le désert, appel adressé à tout le peuple d’Israël.

La parasha Tsaw (Ordonne) commence ainsi : « Le SEIGNEUR dit à Moïse : Ordonne à Aaron et à ses fils : Voici la loi concernant l’holocauste. »

Cette lecture est la continuité logique de la première, puisqu’il y est toujours question des sacrifices. Elle se distingue toutefois de la première en ce qu’elle ne s’adresse plus au même groupe de personnes. Vayi-qra traitait des sacrifices offerts par le peuple. Tsaw traite des sacrifices offerts sur une base régulière par les prêtres, en commençant par le sacrifice quotidien de l’holocauste. Tous les types de sacrifices des premiers chapitres du Lévitique sont offerts, soit tous les jours, soit lors des fêtes ou des événements spéciaux, au bénéfice de tout le peuple.

Cette nouvelle lecture est jumelée à Marc 1. 9-15, avec l'immersion de Jésus comme première bouchée. On doit donc opérer un changement de perspective entre l’immersion de repentance que Jean a criée à tout le peuple d’Israël, et l’immersion de Jésus dans le Jourdain. Les premiers se faisaient baptiser en signe de repentance en vue du pardon de leurs péchés, le second se fera baptiser au bénéfice des premiers, de tous les pénitents, pour leur obtenir le pardon des péchés. Ce sera du point de vue du prêtre, d’un point de vue ministériel, qu’il faudra aborder le récit de l’immersion de Jésus.

Mais avant, jettons un coup d’œil à la lecture des Prophètes (rite qaraïte) pour Tsaw : Malachie 3. 4-24 (que je prendrai à partir du verset 1) :

J’envoie mon messager : il fraiera un chemin devant Moi. Soudain, il arrivera dans son temple, le Seigneur (l’Adôn) que vous cherchez ; le Messager de l’alliance que vous désirez, il arrive, dit le SEIGNEUR des Armées. Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui est celui qui tiendra debout quand il paraîtra ?

La première ligne de cette prophétie est citée explicitement par Marc (1.2).

« Où est le Dieu du jugement ? » répète le peuple. Le SEIGNEUR annonce l’envoi d’un messager devant sa face, que l’évangéliste identifie à Jean, le Baptiste. Il doit précéder une autre figure, celle de l’Adôn (le Seigneur) que le peuple cherche, ou le Messager (l’Ange) de l’alliance, qu’il désire. Messager étroitement identifié à Dieu, puisque le temple de Jérusalem est désigné comme étant son temple (heikalo).

Bien qu’il soit cherché, désiré (où est le Dieu du jugement ?), le peuple n’est pas préparé à la venue de cette figure d’autorité : Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? D’où l’importance du messager qui vient d’abord ouvrir un chemin devant Dieu. Ce premier messager est identifié dans les dernières lignes de notre lecture des Prophètes :

Je vous envoie Élie, le prophète,
avant que n’arrive le jour du S
EIGNEUR,
le jour grand et redoutable.
Il ramènera le cœur des pères vers les fils
et le cœur des fils vers les pères,
de peur que je ne vienne mettre à mal le pays en le frappant d’anathème.
 (v. 23-24)

Pour l’évangéliste, il ne fait aucun doute que Jean est ce messager, au sens de prophète. Jean n’est pas Élie descendu du ciel, ni sa réincarnation (il n’est jamais passé par la mort), mais bien un prophète de la stature d’Élie.

C’est le prophète que nous ferions bien d’écouter lorsqu’il nous presse au repentir (métanoïa, techouvah). Car il crie de la part de Dieu, et sa voix résonne toujours dans les déserts arides de nos cœurs.

On peut déjà constater la contribution de cette lecture aux premières lignes de Marc.

Peut-on en apprendre plus sur la figure de cet Adôn (Seigneur), de ce Messager de l’alliance dont le peuple d’Israël désire tant la manifestation.

Ésaïe 63.7 et suiv. jette un regard nostalgique sur le passé, sur les jours de la sortie d’Égypte des Hébreux :

Dans toute leurs détresses – qui étaient pour lui une détresse – le Messager qui est devant Lui les a sauvés ; dans son amour et sa compassion, il a lui-même assuré leur rédemption, il les a soutenus et portés, tous les jours d’autrefois. (v. 9)

Nous retrouvons la figure du Messager, désigné comme celui « qui se tient devant Dieu » et dont il est dit qu’il « a lui-même assuré leur rédemption ».

Quelques lignes plus loin, le texte semble traduire les soupirs du peuple :

Alors son peuple se souvint des jours d’autrefois, des jours de Moïse : Où est celui qui les a fait monter de la mer, avec les bergers de son troupeau ? Où est celui qui mettait en eux son Esprit saint ? Celui qui, à la droite de Moïse, avançait son bras splendide, qui fendait les eaux devant eux, afin de se faire un nom pour toujours… (v. 11-12)

Le peuple semble dire : Où est Dieu ? Où est le Héros de notre salut ? Où sont ses actes de puissance ? C’est une bien belle histoire qu'on nous a contée, mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Ensuite le ton monte d’un cran ; le cri du cœur se fait plus intense :

Regarde du ciel, et vois de ta résidence sacrée et splendide : où sont ta passion jalouse et ta vaillance ? Ta compassion, le frémissement de tes entrailles, tout cela se refuse à moi.

Pourtant c’est toi qui es notre Père :
ce n’est pas Abraham qui nous a distingués,
ce n’est pas Israël qui nous a reconnus ;
c’est toi, S
EIGNEUR, qui es notre Père.
« Notre Rédempteur », tel est ton nom depuis toujours.

Pourquoi, SEIGNEUR, nous fais-tu errer loin de
tes voies ? Pourquoi nous fais-tu refuser obstinément de te craindre ? Reviens, à cause de nous, tes serviteurs, pour les tribus qui constituent ton patrimoine ! Ton peuple saint n’a pris possession du pays que pour peu de temps ; nos ennemis ont foulé ton sanctuaire.

Nous sommes comme ceux que tu n’as jamais gouverné, sur qui ton nom n’a jamais été proclamé…

Si seulement tu déchirais le ciel,
si tu descendais, les montagnes crouleraient devant toi…
 (v. 15-19)

Quel cri du cœur ! Le peuple est dans un état misérable, il est humilié, accablé, désespéré en son exil. Il réclame une nouvelle visite, une nouvelle descente de Yahvé, une nouvelle délivrance, comme « aux jours d’autrefois, aux jours de Moïse » !

Même s’il a tendance à attribuer ses malheurs à Dieu (c’est un débordement d’émotion plus qu’un discours sensé), le peuple a pleine conscience de sa culpabilité :

… tu t’es irrité parce que nous avons péché ; nous sommes tous devenus comme impurs, et tout ce que nous faisons pour la justice est comme un vêtement souillé ; nous sommes tous flétris comme des feuilles mortes, et nos fautes nous emportent comme le vent. (ibid. 64.5)

Qu’est-ce qui ne va pas avec l’humanité ?

On pourrait se dire que tout ceci ne concerne qu’Israël et son histoire avec Dieu. Mais on aurait tort. Israël est un théâtre sur la scène duquel se joue le drame de la relation de l’homme avec Dieu. C’est une expérience conduite sur près de 2000 ans, durée nettement suffisante pour en tirer de solides leçons. En Israël, c’est toute l’humanité qui a été mise à l’épreuve de Dieu. Une épreuve qui a mis en évidence que quelque chose ne va pas avec le genre humain.

La première chose à dire, c’est que le mal de l’homme ne se trouve pas dans un manque d’intérêt pour les rites et les cérémonies religieuses. À tel point que les prophètes ont senti le besoin de prendre position contre les aspects formels du culte d’Israël :

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