Ainsi parle le SEIGNEUR des Armées, le Dieu d’Israël : Ajoutez vos holocaustes à vos sacrifices, et mangez-en la viande ! Car je n’ai rien dit à vos pères, je ne leur ai donné aucun ordre, le jour où je les ai fait sortir d’Égypte, au sujet des holocaustes et des sacrifices. Voici plutôt l’ordre que je leur ai donné : Écoutez-moi ! Alors je serai votre Dieu, et vous, vous serez mon peuple. Suivez bien la voie que je vous prescris, afin que vous soyez heureux. (Jr 7. 21-23 – haftarah régulière pour Tsaw)

Je me souviens de ma réaction de jeunesse à la lecture de ces lignes : « Comment dis-tu ? Tu n’as rien dit là-dessus ? Et le Lévitique, ça te dit quelque chose ? » En fait, j’avais tort. Lorsque les Israélites arrivèrent au Sinaï, Dieu ne leur dit rien au sujet des sacrifices ; il n’en prescrit aucun. Mais il leur dit : « Maintenant si vous m’écoutez et si vous gardez mon alliance, vous serez mon bien propre parmi tous les peuples – car toute la terre m’appartient. » (Ex 19.5)  Les ordonnances sacrificielles furent introduites plus tard, après la faute d’Israël dans l’affaire du veau d’or, qui témoigne de son incapacité d’observer les commandements de Dieu et de garder son alliance.

Mais de quel mal souffre donc l’homme ?

Mais ils n’ont pas écouté, ils n’ont pas tendu l’oreille ; ils ont suivi les conseils, l’obstination de leur cœur mauvais. Ils ne sont pas allés en avant, mais en arrière. Depuis le jour où vos pères ont quitté l’Égypte jusqu’à ce jour, je vous ai envoyé tous mes serviteurs, les prophètes ; je les ai envoyé chaque jour, inlassablement. Mais eux n’ont pas écouté, ils n’ont pas tendu l’oreille ; ils se sont montrés rétifs, ils sont devenus plus mauvais que leurs pères. (Jr 7. 24-26)

Le problème de l’homme se trouve dans un refus profond de Dieu – qui se traduit par un refus de ses lois, son éthique, sa justice, son amour. L’homme préfère suivre le conseil de son propre cœur, même si cela devait le conduire à sa propre perte, celle de son prochain ou de sa société. Il persiste dans ses erreurs, refuse de se remettre en question, ne regrette pas ses actes mauvais (cf. 8. 5-6). Ce qui fait qu’au lieu de s’améliorer au contact de la loi du Seigneur, il devient pire. C’est un mal à caractère spirituel. C’est toute l’orientation de son humanité qui est en cause. Il lui en faudrait une nouvelle.

C. S. Lewis disait que « l’homme déchu n’est pas simplement une créature imparfaite qui a besoin d’amélioration, mais un rebelle qui doit déposer les armes ». Déposer les armes, capituler, consiste à ignorer toute volonté et tout orgueil personnel qu’on a mis tant de soin à cultiver, à se renier soi-même et subir une sorte de mort. C’est ce que les chrétiens appellent la repentance (métanoïa) et c’est ce que Jean nous presse de faire – afin de disposer nos cœur à recevoir le Sauveur que Dieu nous envoie.

La solution requise à un problème dépend de la nature de celui-ci. Nous avons besoin d’une nouvelle humanité, une humanité complètement redessinée, refondée, recréée.

Il nous faut plus qu’un nouveau prophète, un nouveau rabbin, un nouveau philosophe, un nouveau chef politique ou religieux. Car notre problème n’est pas de l’ordre de la doctrine, des idées, des réformes politiques ou sociales. Le problème est spirituel, il est inscrit au plus profond de notre humanité. Il concerne notre refus, et par là même notre incapacité, de faire la volonté de Dieu.

Une humanité nouvelle, orientée vers Dieu, est-ce possible ?

Cette citation de l’épitre aux Hébreux (basée sur le Ps 40) et appliquée au Christ, introduit justement la solution divine :

C’est pourquoi, en entrant dans le monde, il [le Christ] dit : Tu n’as voulu ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps ; tu n’as agréé ni holocauste, ni sacrifice pour le péché. Alors j’ai dit : Je viens – dans le rouleau du livre c’est écrit à mon sujet – pour faire, ô Dieu, ta volonté. (Hé 10. 5-7)

Puisque le problème se trouve dans une humanité qui résiste à Dieu et à sa volonté, la solution devra se trouver dans une nouvelle humanité qui sera, elle, orientée vers Dieu et la réalisation de sa volonté.
Baptême de Jésus dans le Jourdain, par James Tissot

En ces jours-là Jésus vint de Nazareth en Galilée, et il reçut de Jean le baptême dans le Jourdain. Dès qu’il remonta de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. Et une voix survint des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir. (Mc 1. 9-10)

Quand ce texte était-il chanté ?

– Le 22 Nisân, jour commémoratif de la traversée de la Mer Rouge, et jour (probable) de baptême pour les nouveaux croyants (cf. « Marc-Vayi-qra : Introduction à l’évangile de Marc »)

Un type du baptême : La traversée de la Mer Rouge

Le 22 Nisân, le jour qui suit immédiatement la semaine des Pains sans levain, les Juifs commémorent leur traversée de la Mer Rouge. Le rappel de cet événement conclut admirablement la célébration pascale, qui est fête du salut. On se rappelle alors de la délivrance extraordinaire que Dieu accorda à son peuple lorsqu’il lui ouvrit un chemin au milieu des eaux, et avec quelle puissance ces mêmes eaux anéantirent les troupes du Pharaon qui s’étaient lancées à sa poursuite.

La tradition de l’Église relie cet événement fondateur à celui du baptême. Le rapport entre l’un et l’autre est déjà suggéré par Paul (1Co 10. 1, 2). Dans le judaïsme, le baptême des prosélytes (ceux qui adhéraient à la religion juive) était compris comme « un rite d’initiation au sacrement reçu lors du passage de la Mer Rouge, une sorte d’imitation de la sortie d’Égypte » (G.-Foot Moore). Le baptême est en effet un « rite de passage », celui de l’esclavage à la liberté, de la mort à la vie et des ténèbres à la lumière. « Avec le déluge, fait observer J. Daniélou, la traversée de la Mer Rouge est l’une des figures du baptême que nous rencontrons le plus fréquemment (chez les Pères de l’Église). Le thème central est d’ailleurs analogue. Il s’agit des eaux destructrices, instrument du châtiment de Dieu, mais dont le peuple est préservé. [...] La sortie d’Égypte est déjà un baptême. Les deux réalités ont une même signification. Elles marquent la fin de la servitude du péché et l’entrée dans une existence nouvelle. » (Bible et liturgie ; la théologie des sacrements et des fêtes d’après les Pères de l’Église, p. 123)

Le récit du baptême de Jésus devait être chanté par les catéchumènes à l’occasion de leur baptême, au soir du 22 Nisân. Il aurait été vécu comme le Nouvel Exode réclamé par Ésaïe, celui d’un passage de la servitude du péché à la liberté des enfants de Dieu. « Suivre l’invitation au baptême signifie à présent se rendre sur le lieu du baptême de Jésus et recevoir ainsi de son identification avec nous notre identification avec lui. » (Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth, Tome I, p. 38)

… et il reçut de Jean le baptême dans le Jourdain.

Nous avons signalé plus haut que l’arrimage de ce texte avec la parasha Tsaw (Lv. 6.1 et suiv.) induisait à un changement de perspective. Il ne s’agit plus des offrandes du peuple (Vayi-qra), mais des offrandes régulières du Sanctuaire au bénéfice de tout le peuple.

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