Et cette offense se dresse en un obstacle réel entre Dieu et le pécheur, qui est alors privé de la gloire de Dieu (Rm 3.23). Mais la miséricorde et la justice divines ont pourvu une provision pour sortir le pécheur de sa culpabilité. C’est le rôle dévolu aux sacrifices pour les péchés. Ils sont don de Dieu à l’humanité plutôt qu’un don de l’humanité à Dieu. Leur efficacité repose en totalité sur le pouvoir de Dieu de pardonner.

Le signe de la repentance : Les sacrifices pour les péchés devaient attester du repentir de l’offrant ; le repentir n’étant pas seulement un regret, mais bien un acte de retour à Dieu et à sa loi. En présentant une offrande sans défaut, le pécheur affirmait le sérieux de son repentir et sa totale redevabilité à l’égard de l’idéal proposé par la Torah. C’est d’un cœur contrit et épris de sainteté que le sacrifice devait procéder. À défaut de cette bonne disposition intérieure et des fruits qu’elle devait produire (Lc 3.8), le sacrifice demeurait sans force pour purifier du péché. Ce fut la méprise des Israélites que de s’imaginer qu’ils pouvaient satisfaire Dieu avec des sacrifices sans devoir mener une vie sainte au quotidien. Les prophètes n’ont pas manqué de dénoncer cet odieux formalisme, dépourvu de valeur spirituelle (Es 1. 11-12 ; Jr 7.22 ; Am 5. 21-25 ; Mi 6. 6-8).

Commentaire des Prophètes :

Haftarah qaraïte : Es 43.21 – 44.5 + 22

Crochets verbaux avec la parasha : verbe qara – Ce n’est pas moi que tu as invoqué (qara’ta) Jacob ! (v. 22), relié au premier verset de la parasha, de même que le thème des sacrifices – Tes sacrifices n’étaient pas à ma gloire (v. 23).

Israël n’a pas obtenu la faveur de Dieu ; ses sacrifices n’ont pas été agréés. Pourquoi ? En raison des ses fautes incessantes : … mais tu m’as astreint à l’esclavage par tes péchés, tu m’as fatigué par tes fautes (v. 24).

Les sacrifices qu’il offre ne peuvent effacer ses péchés. Le Seigneur est formel : C’est moi, moi seul, qui de moi-même efface tes transgressions ; je ne me souviendrai plus de tes péchés. (v. 25)

Ses sacrifices n’étant pas agréés, Israël ne peut plaider sa cause devant Dieu ; il est sans justification et sa culpabilité est sans remède : Ton premier père a péché, et tes interprètes se sont révoltés contre moi (v. 27). Ce qui a conduit à la profanation d’Israël : J’ai profané les princes du sanctuaire, j’ai livré Jacob à l’anathème, Israël aux injures (v. 28).

Mais la prophétie ne se clôt pas sur le désespoir. Dieu n’a pas abandonné Jacob, qu’il appelle son serviteur, il n’a pas rejeté Israël, qu’il a choisi. Il est toujours son secours ; il le rassure : N’aie pas peur... (44. 1-2).

Israël doit maintenant cesser de fixer son passé et tourner le regard vers son avenir. Car cet avenir renferme une promesse qui va tout changer :

Car je verserai de l’eau sur le sol altéré
et des ruisseaux sur la terre desséchée ;
je verserai mon souffle sur ta descendance
et ma bénédiction sur ta progéniture.
(ibid. v. 3)

Il s’agit de la promesse de l’effusion de l’Esprit et de la bénédiction divine sur la descendance d’Israël.

Pierre y fera référence lors de sa première proclamation de l’Évangile, le jour de la Pentecôte : « Repentez-vous ; que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevez le don de l’Esprit-Saint. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur, notre Dieu, les appellera. » (Ac 2.38)

Le don de l’Esprit se traduira par un changement complet d’attitude du peuple. Chacun sera fier d’appartenir au peuple de Dieu, au lieu de s’en plaindre (Es 44.5, cf. 43.22).

Cette promesse extraordinaire commande un changement immédiat d’attitude. Israël est pressé de revenir à Dieu : « J’ai effacé tes transgressions comme un nuage et tes péchés comme une nuée. Reviens (chouvah) à moi, car j’ai assuré ta rédemption. » (ibid. v. 22)

Dieu a lui-même assuré la rédemption d’Israël !


Lecture de l'Évangilela suite

PARASHA VAYI-QRA (Lv 1.1 – 5.26)

Torah : Lévitique : 1. 1-2 :

Le SEIGNEUR appela Moïse ; depuis la tente de la Rencontre il lui dit : Parle aux Israélites ; tu leur diras : Lorsque l’un de vous offre une bête en présent au SEIGNEUR, vous offrirez un présent pris sur le gros bétail ou sur le petit bétail.

Haftarah (lecture des Prophètes) : Ésaïe 43. 22-23 :

Ce n’est pas moi que tu a invoqué, Jacob ! Tu t’es fatigué de moi, Israël ! Tu ne m’as pas offert le mouton ou la chèvre de tes holocaustes. Tes sacrifices n’étaient pas à ma gloire ; je ne t’ai pas astreint à un service d’offrandes, et je ne t’ai pas fatigué pour de l’encens.

Commentaire de la Torah :

Les sacrifices étaient une pratique religieuse courante au Proche-Orient. Les premiers sacrifices mentionnés dans la Bible apparaissent dans le récit de Caïn et Abel (Gn 4. 3-8).
Le peuple d’Israël a sans doute partagé un certain nombre de conceptions et de techniques de ses voisins, bien que ses propres règles soient rattachées à la révélation du Sinaï.

De manière générale, les sacrifices étaient présentés pour obtenir un accueil favorable de Dieu. Puisque Dieu est un Grand Roi, paraître devant lui est chose redoutable. Le livre de l’Exode raconte comment les Israélites en firent l’expérience au moment où ils reçurent les Dix paroles « de la bouche de Dieu ». Ils furent si terrifiés qu’ils supplièrent Moïse de se dresser dorénavant entre eux et la Divine Présence (Ex 20.19). Le prophète Ésaïe fit une expérience semblable quand il eut une vision de la gloire du Dieu saint. Il s’exclama : « Quel malheur pour moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, le SEIGNEUR (IHVH) des Armées. » (Es 6.5) C’est la mauvaise condition de l’humanité aux plans spirituel et moral qui lui rend si redoutable la rencontre du Dieu saint.

Il y a deux grandes catégories de sacrifices : les sacrifices volontaires et ceux qui sont prescrits pour expier des fautes personnelles ou communautaires. Sacrifices volontaires : holocauste, oblation (ou offrande) et sacrifice de paix. La signification exacte de chacune de ces offrandes demeure obscure.

La considération la plus importante au sujet des sacrifices prescrits par la Torah a trait à leur valeur substitutive. Puisque la consécration effective de l’homme pécheur représenterait pour lui une « mise à mort », le Seigneur lui a permis d’offrir un animal sur l’autel en tant que substitut (cf. Lv 17.11). La mort de l’animal permettait à l’Israélite de vivre en présence de Dieu et demeurer dans l’Alliance en dépit de ses manquements. En vertu de la seule miséricorde de Dieu, elle était tenue pour un acte de justice recevable.

Les sacrifices pour le péché : La seconde catégorie de sacrifices répond au besoin d’un acte de justice pour les fautes commises contre Dieu et le prochain. Le transgresseur est mis en face de la justice pénale de Dieu pour y recevoir son jugement. Le verdict du tribunal est sans appel ; aussi les sacrifices sont-ils soigneusement prescrits en fonction de la gravité et de l’étendue de la faute (Lv 4. 3, 13), du niveau de responsabilité de l’offenseur (ibid. v. 3, 22, 27) et de sa fortune (ibid. v. 5. 7, 11). En chacun de ces cas, la Torah prescrit d’offrir un bien vital, soit de la nourriture ou un animal lui-même producteur de biens.

L’offense envers Dieu : Toute faute à l’égard de la Loi constitue un tort, une offense portant atteinte à l’amour de Dieu. La bonté de Dieu est outragée, elle est rétribuée d’ingratitude.