Lecture de l’Évangile – Mc 1. 1-3 :

Commencement de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Selon ce qui est écrit dans le Prophète Ésaïe :

J’envoie devant toi mon messager
pour frayer ton chemin ;
voix de celui qui crie dans le désert :
« Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers ! »

Quand ce texte était-il chanté par les apprenants ?
– Le 12 de Nisân. Le 14 Nisân, c’est la Pâque (Pèssah), la célébration de la sortie d’Égypte.

Jumelage des parashiyôt :

Pour la lecture du sabbat 11 Nisân (cf. EC : Le calendrier de Marc, p. 153-154), on devait jumeler les parashiyôt Vayi-qra et Tsaw, de manière à réserver le sabbat 18 Nisân, qui tombe en pleine fête des Pains sans levain, à la lecture traditionnelle accordée à la fête (en l’occurrence Dt 14.22 et suiv.). Ce qui nous invite à grouper les deux lectures pour notre commentaire, avec la lecture correspondante de Marc 1. 1-15. Toutefois les versets 9 à 15 étaient chantés la semaine suivante, les 22, 23 et 24 Nisân, tout juste après les Pains sans levain. Pour cette raison, et pour mieux dégager les correspondances et chacune des leçons des parashiyôt Vayi-qra et Tsaw, nous avons choisi de les traiter séparément. Gardons toutefois à l’esprit qu’elles étaient jumelées dans la liturgie qui a servi d’ancrage à Marc.

Vayi-qra correspond à la proclamation de Jean le Baptiste, et Tsaw au baptême de Jésus, suivi de son épreuve au désert et de sa première proclamation.

Crochets verbaux avec les lectures de la Torah
et des Prophètes :

mon messager (angellon, malaki) : Malachie 3.1 pour Tsaw ;
Jean proclamait (kérousso, qôré) ;
une immersion de repentance (métanoïa, techouva) :
Es 44.22 ; pour le pardon des péchés (thème central de notre lecture d’Ésaïe)

J’envoie devant toi mon messager…

Ce messager peut évoquer la figure du crieur qui courait devant le roi ou l’époux lors d’une noce (cf. la parabole des dix vierges, Mt 26.6 : « Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! » – Jean est appelé ami de l’époux, Jn 3.29)

Marc dit se référer au crieur d’Ésaïe 40.3 qui annonce la venue imminente de Dieu, du Grand Roi. Il faut sans tarder lui frayer un chemin.

L’Épouse (la Communauté de foi) doit d’autant « se préparer » à la venue de l’Époux : « Réjouissons-nous, soyons transportés d’allégresse et donnons-lui gloire, car les noces de l’Agneau sont venues, et son épouse s’est préparée. Il lui a été donné d’être vêtue de fin lin, resplendissant et pur. – Le fin lin, c’est la justice des saints. » (Ap 19. 7-8)

Enfin, gardons à l’esprit la prophétie d’Ésaïe annonçant le renouvellement complet du peuple par une effusion de l’Esprit (44.3).

La proclamation de Jean (litt.) :

Survint Jean (Yohanân) l’immergeur criant dans le désert une immersion de retour en vue du pardon des péchés. Et sortait vers lui tout le pays de la Judée et tous ceux de Jérusalem, et ils étaient immergés par lui dans le fleuve du Jourdain en avouant leurs péchés. (v. 4-5)

Quand cette « bouchée de texte » était-elle donnée à apprendre ? – Le 13 de Nisân.

L’élimination du levain de chaque maison juive :

« Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, vous supprimerez le levain de vos maisons ; quiconque mangera quelque chose de levé, du premier jour au septième jour, sera retranché d’Israël. » (Ex 12.15)

Que représente le levain ? – Orgueil, hypocrisie, désirs mauvais, faux enseignement (le levain des pharisiens).
« Spirituellement, se départir du vieux levain, c’est purger son cœur de tout ce qui n’honore pas Dieu. » (EC, p. 155)

L’apôtre Paul a porté attention à la préparation spirituelle des chrétiens à l’approche de la Pâque en les invitant à rompre avec le mal sous toutes ses formes pour faire place en leurs cœurs à la vérité du Christ :

Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? (Paul fait référence à l’orgueil et la fierté de certains chrétiens de Corinthe, v. 2, 6.) Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain ; car le Christ, notre Pâque, a été sacrifié. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec un levain de malfaisance et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité. (1Co 5. 6-8)

Dans les familles juives, le travail de nettoyage de la maison débute les jours précédent la Pâque. La veille de la fête, on fouille les moindres racoins à la recherche des dernières miettes de pain levé et on les brûle.

Tertullien, auteur du Traité sur le baptême, au tout début du troisième siècle :

« Jean, son précurseur, montrait la pénitence destinée à purifier les âmes afin que toute souillure des erreurs anciennes, toutes taches imprimées dans le cœur humain par l’ignorance, fussent balayées, grattées par la pénitence et jetées dehors. Ainsi serait préparé bien au net le sanctuaire du cœur pour l’Esprit-Saint qui devait y descendre. »

Noter les expressions : balayées, grattées, jetées dehors, qui évoquent l’élimination de toute trace de levain des maisons juives.

L’appel à la repentance de Jean est, de ce point de vue, un enseignement de préparation pascale. Préparation à la Pâque, puisque c’est à l’occasion de cette fête que Dieu doit envoyer un Sauveur pour son peuple.

L’Église, de son côté, attend le retour de l’Époux, son fiancé. La noce entre Israël et son Messie est une thème résolument pascal. Israël doit accueillir son Messie et l’Église se préparer à la rencontre de son Époux.

Qu’est-ce que la repentance ?

Pour Tertullien, la pénitence a pour but de purifier l’âme de ses anciennes erreurs, des défauts de l’ignorance. C’est la métanoïa, le renversement complet de la pensée, le passage à un nouvel état d’esprit. C’est le sens premier du mot métanoïa.

Pour un Juif, la techouva (retour) consiste à revenir à l’état et la position que Dieu a prévu pour lui dans l’Alliance. Il réalise qu’il s’en est éloigné, qu’il s’est égaré sur de mauvais chemins, et il choisit de revenir à ce qu’il n’aurait jamais dû quitter, comme le fils prodigue revient chez lui, à sa position de fils et à l’amour d’un Père qu’il a offensé.

La repentance véritable provoque une remise en question globale, un virage, un changement radical de disposition et d’orientation dans la vie du pénitent. Elle implique que cette décision soit maintenue volontairement par la suite.

Il me revient de me repentir ; personne ne peut le faire à ma place. C’est ma part en tant que personne moralement responsable devant Dieu. Dans toute la Bible, Dieu invite l’insensé et le méchant à se détourner de leurs mauvaises voies et à aimer la vérité et la bonté. Tous ces appels n’ont de sens que si Dieu leur en a donné le pouvoir.

Aucune parole de l’homme ne doit contredire ce que la Bible tient pour acquis d’un couvert à l’autre. L’insistance d’une certaine théologie sur la condition de « totale dépravation »
de l’humain est déplacée si elle tend à le priver de la possibilité même de répondre à l’appel de Dieu pour obéir « substentiellement » à la Torah. Il faut que Dieu puisse s’adresser à la conscience de l’homme, et que celui-ci puisse répondre à l’appel de Dieu par la techouva, repentance.

en vue du pardon des péchés

Les sacrifices d’Israël (on l’a vu) n’ont pas satisfait le Seigneur. Ils n’ont pas produit un peuple attaché au Seigneur, mais attaché à ses péchés (Es 43. 22-24). Or le pardon ne s’obtient que de Dieu ; aucun rite n’a le pouvoir magique de le procurer : « C’est moi, moi seul, qui de moi-même efface tes transgressions. » (v. 25) « Qui est Dieu, comme toi, qui pardonne la faute et passe sur la transgression ? » (Mi 7.18) « Car c’est Dieu qui est juge. » (Ps 50.6)

Le baptême de Jean est une préparation du cœur « en vue » (eis) du pardon des péchés. Le rite en lui-même ne procure pas le pardon, il ne sauve pas.

Pour Tertullien, le baptême de Jean « était vraiment divin, mais il l’était seulement par son institution, non par ses effets ». Jean restait un homme « au service des dons célestes » et « chargé d’exhorter à la pénitence qui relève du vouloir de l’homme ».

Jean le dit expressément : « Moi, je vous ai immergé d’eau ; lui vous immergera dans l’Esprit-Saint. »

En aucune façon, Jean ne se donne une autorité comparable à celui qui vient après lui. Il le dit ouvertement : « ce serait trop d’honneur pour moi que de me baisser pour délier la courroie de ses sandales ».

D’après une tradition juive, ce qui différencie un disciple d’un esclave est ceci, qu’un disciple est prêt à rendre à son maître tous les services que peut lui rendre un esclave, sauf celui de délier la courroie de ses sandales.

Cette grande humilité devrait servir d’exemple à l’Église afin qu’elle n’attribue pas à ses gestes une autorité qui ne revient qu’au Christ : Lui seul procure le pardon des péchés et immerge dans l’Esprit-Saint. L’Église vient à l’homme avec l’humble parole de la prédication et dans le dépouillement de l’eau. Toujours Tertullien :

« Ainsi, le baptème de pénitence était-il administré comme une disposition au pardon et à la sanctification que devait apporter le Christ. Nous lisons en effet que Jean prêchait un baptême de pénitence pour la rémission des péchés : cela était dit de la rémission à venir, puisque la pénitence précède et que la rémission vient ensuite. C’est en cela qu’il préparait la voie. Or celui qui prépare n’est pas celui qui accomplit, mais il dispose un autre à accomplir. » (X, 5-6)

Que Dieu nous donne des oreilles pour entendre et des yeux pour voir.

en avouant leurs péchésla suite