TAZRIÂ & MÉTSORÂ (Lv 12.1 – 15.23)

Dans notre programme de lecture synchronisée de la Torah et de l’évangile de Marc, les parashiyôt Tazriâ (enceinte) et Métsorâ (le lépreux) sont jumelées. Ce qui veut dire que ces deux péricopes étaient lues la même semaine.

Selon la coutume, certaines lectures du Cycle Annuel sont regroupées. Tout le Pentateuque est divisé en 54 péricopes réparties sur une année et lues de manière consécutive, de sabbat en sabbat. Pourquoi 54 péricopes alors que l’année juive orthodoxe ne compte que 50 semaines ? De l’avis d’experts, ces 54 lectures auraient été créées pour répondre au nombre total de sabbats d’une année embolismique, c’est-à-dire une année d’ajustement entre l’année lunaire et l’année solaire. À raison de sept fois tous les dix-neuf ans, les Juifs ajoutent un mois de plus à l’année, un second Adar. Cette année allongée compte alors 54 sabbats. Cela dit, le nombre de péricopes est encore trop élevé pour le nombre de sabbats disponibles dans une année de douze mois lunaires. De plus, la coutume veut que les lectures des jours de fêtes et de demi-fêtes l’emportent sur les lectures régulières, si bien que le nombre de sabbats disponibles s’en trouve réduit. On procède alors au jumelage des péricopes les plus courtes de manière à lire une double portion de la Torah certains sabbats. (cf. L’Évangile dans le calendrier, chapitre VII)

C’est ainsi que le sabbat du 2 Iyyar, on lit les parashiyôt Tazriâ et Métsorâ, qui couvrent Lévitique 12.1 à 15.23. Ces chapitres traitent de l’impureté rituelle causée par les douleurs et les maladies qui atteignent la vie sexuelle de l’homme et de la femme, ainsi que des diverses sortes de maladies évolutives de la peau ou de moisissures domestiques (appelées invariablement « lèpres »). Il s’agit pour la femme des douleurs de ses accouchements (12. 1-8) et indispositions menstruelles (15. 19-30), et pour l’homme, des écoulements consécutifs à une maladie vénérienne. Lire ces chapitres, c’est ouvrir une fenêtre sur les souffrances, les afflictions et les maladies du genre humain.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, nous prendrons le temps d’identifier, le mieux possible, les haftarôt (lectures dans les Prophètes) pour ces deux péricopes. Le lecteur qui ne s’intéresse pas spécialement à ces considérations techniques pourra passer directement à la page suivante.

On lui remit le livre du prophète Ésaïe

L’haftara qaraïte pour Tazriâ est Esaïe 66. 7-24, alors que la régulière est 2 R 4.42 à 5.19 (la guérison de Naaman, le lépreux). D’autre part, Jacob Mann* propose Es 9.5 et suiv. pour le séder (Cycle Triennal) de Lévitique 12.1 et suiv. Voyons cela de plus près.

Parasha Tazriâ : Le SEIGNEUR dit à Moïse : Dis aux Israélites : Lorsqu’une femme est enceinte (ensemencée) et qu’elle met au monde un garçon, elle sera impure pendant sept jours ; elle sera impure comme aux jours où elle est souillée par ses règles. Le huitième jour, l’enfant sera circoncis. (Lv 12. 1-3)

L’histoire de Naaman, le lépreux, n’est reliée aux premiers versets de la parasha que par le thème de l’impureté. Par contre, cette histoire convient très bien à la lecture de Métsorâ, qui débute en 14.1 avec ces mots : « Voici quelle sera la loi concernant le lépreux », dans la perspective d’un jumelage de Tazriâ et Métsorâ. L’haftara qaraïte offre des rapports thématiques plus évidents :

Avant d’être en travail, elle a accouché ; avant que les douleurs ne lui viennent, elle a donné le jour à un fils. Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais rien vu de semblable ? Un pays peut-il naître en un seul jour ? Une nation peut-elle être mise au monde d’un seul coup ? (Es 66. 7-8)

Les deux textes sont reliés par le thème d’une femme qui accouche d’un fils. Le premier, dans un cadre législatif, le second, dans un cadre prophétique. Le texte des Prophètes proposé par Mann, va dans le même sens : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Il a la souveraineté sur son épaule ; on l’appellera du nom de Conseiller étonnant, Dieu-Héros, Père éternel, Prince de paix. » (Es 9.5) Il s’agit là d’un fameux passage messianique.

En un seul jour

Mann a attiré notre attention sur deux mots, dans cette lecture, dont il se sert comme marqueur pour diviser le texte : « un seul jour » (yom échad), en 9.13, avec un saut à 10.17, qui se termine par les mêmes mots.

Ces mots se trouvent aussi dans l’haftara d’Ésaïe 66, verset 8 : « Un pays peut-il naître en un seul jour ? » L’haftara pour Métsorâ comporte également une référence à un seul jour. Il s’agit de l’épisode des lépreux à la porte de Samarie lors du siège syrien (2 R 7.1 et suiv.) : « Élisée dit : Écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur : Demain, à cette heure-ci, on aura un séa de fleur de farine pour un sicle et deux séas d’orge pour un sicle à la porte de Samarie. » Ce jour de délivrance est qualifié par les lépreux de « jour de bonne nouvelle », yom besorah. Ce dernier mot est le mot hébreu pour « évangile ».

Il semble que la mention d’un seul jour ait joué un rôle dans le choix des haftarôt, sinon dans la prédication. Dans le séder Lv 12. 1-3, il est question de sept jours d’impureté, suivi d’un huitième, jour de la circoncision de l’enfant mâle. La liaison entre la Torah et les Prophètes s’établirait, entre autre, sur cette durée symbolique de sept jours d’impureté, et des vertus du huitième. (Voir notre texte sur le huitième jour dans le cadre de la parasha Chémini.)

La section de Marc correspondant à la parasha Tazriâ n’est pas en reste. L’évangéliste raconte une journée entière du ministère de Jésus, du matin au soir. Cette journée a retenu l’attention des commentateurs. Elle commence par une visite à la synagogue de Capharnaüm, se poursuit en famille chez Simon et André, et se termine par des guérisons et des délivrances « après le coucher du soleil », c’est-à-dire après le sabbat. Nous aurons l’occasion de creuser plus à fond la signification de ce jour lorsque nous commenterons cette portion de l’Évangile.

Notre choix se portera sur l’haftara d’Es 66, de préférence à Es 9, où un seul jour se réfère à un jugement prononcé sur Israël. Jugement qui incite Mann à proposer un saut de lecture jusqu’en 11.1, où débute un nouveau séder. À l’opposé, le yom échad dont il est question dans Es 66.8 est le jour d’un grand miracle en faveur d’Israël. L’accent est également positif dans la péricope de Marc. Si bien que cette haftara, de coutumes roumaine et qaraïte, a de bonnes chances, croyons-nous, d’être l’haftara qui a servi d’ancrage à l’évangéliste Marc.

* Jacob MANN, Isaiah SONNE, The Bible as Read and Preached in the Old Synagogue -Vol. II, 1966

Notre commentaire de la parasha Tazriâ